La "Libertalia" de Ching Shih

 
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Nôme: Assiout
Message Mardi 5 Juil 2016 17h09 Répondre en citant



Nous sommes en plein mois de Payni, saison de Chemou.
Ayant quitté Memphis et naviguant à bord de ma felouque "La Justice de Maât", nommée en l'honneur de la déesse qui a permis à un groupe de juges Memphito-Mératémous de rendre sa justice au Tribunal de Memphis, je me rendais à Meidoum, cité voisine, qui a connu un grand chamboulement politique depuis que le Peuple de la mer offrit comme cadeau ,à Sobek, la totalité de la flotte Egypticienne qui s'y trouvait.



Après avoir accosté et remarqué l'ouverture d'un club de plongée au port de Meidoum afin d'aller voir les épaves, je me suis rendu au marché de la cité en passant par la plus grande place de Meidoum, où se trouvait le palais nomarqual et surtout un scribe-conteur, racontant à un groupe d'habitants, les exploits d'Hekenou et de Mafdet. Après la grande fête à Memphis en l'honneur de Nifaste et de Paneb, je m'attendais au récit des enquêtes menées à Memphis.



Mais il en a été tout autre... Je m’installais proche du conteur qui commença à raconter une autre légende à propos de nos deux mératémous.

Une légende dont le titre était Libertalia, du nom de cette colonie utopique où chaque pirate pouvait faire ses vieux jours en toute quiétude. Elle prend place bien loin des terres du Nil, dans des contrées encore inconnues d’Égypte et certainement d'un autre espace-temps. Et pourtant Hekenou et Mafdet y étaient encore citées !



KEKEZIS - CELUSIA - NIFASTE - PANEB - MAFDET - HEKENOU


Nous sommes au large de la cité de Meidoum, repaire de flibustiers et de flibustières, au temps des exploits des grand·e·s pirates liés aux canonnages, abordages et pillages. Six pirates, connus sous les noms de Celusia, Hekenou, Kekezis, Mafdet, Nifaste et Paneb parcoururent les flots lors de trois grandes campagnes de pillages. Embêtés par les chasseurs et chasseuses de pirates ? Oh que non ! Plusieurs agresseur·euse·s se sont retrouvé·e·s à l'eau et certain·e·s de nos pirates en ont profité pour augmenter la valeur de leur porte-debens !
D'autres ont eu moins de chance comme Paneb qui, dit-on, a dû passer quelques moments à terre, dans la prison d'une ville au nom inconnu... mais ce ne sont que des rumeurs et il n'y a pas un traître mot d'écrit dans le récit des aventures de nos six pirates !

Et sans le geste de sympathie de Nifaste envers Kekezis, lors du dernier jour de pillage, Celusia, Nifaste, Mafdet et Hekenou auraient clôturé leurs campagnes avec de plus gros butins que Kekezis et Paneb !

Simple histoire sans équivalent dans la réalité égypticienne ? Eh bien... qu'avons-nous comme nom de pirate célèbre ? Citons Jack Rackham ou encore Henry Morgan en passant par François L'Olonnais ou encore Robert Surcouf. Lequel d’entre eux a pu avoir sous ses ordres plus d’un millier de navires et des dizaines de milliers de matelots ou de complices ? Et bien aucun, et ce n’est pas à l’un de ces héros cités que l’on doit relier cette grande réussite, mais à Ching Shih, une redoutable pirate chinoise qui sema la terreur en Mer de Chine au début du 19ème siècle.



Avant de prendre le nom de Ching Shih, notre jeune héroïne de 26 ans, prénommée Shih Yang, travaille comme dame de compagnie dans une maison close de Canton, aussi appelée Guangzhou, dans le sud-ouest de la Chine.
Mais son sens déjà inné de l'intrigue à cette période lui a permis de connaître de nombreux secrets commerciaux soutirés astucieusement aux nombreux clients politiciens et riches qu'elle a pu côtoyer. Connaissances qui interpelleront un homme...

Cheng I, commandant de la "Flotte du Drapeau Rouge", composée d'environ 200 navires au service de la rébellion vietnamienne soutenue par la Chine, fait escale à Canton, avec pour intention, de négocier une alliance avec les pirates cantonnais, plutôt concurrents, afin de former une grande coalition pirate dans le sud-ouest.
Car depuis 1796, l'empereur de Chine décréta la fermeture de tous les ports de l'empire aux navires de commerces étrangers, excepté celui de Canton ce qui augmenta de fait la piraterie dans cette zone maritime.

En 1801, sa rencontre avec Shih Yang s'avéra fructueuse et Cheng I remarqua le potentiel de la cantonaise pour servir ses ambitions d'affaires. Il captura notre héroïne afin de l'embarquer et de lui faire quitter la cité.
Les deux comparses désormais liés vont rapidement plus loin dans leur relation lorsque Cheng I, épris de la jeune femme, décida de l'épouser, mais elle lui demanda en condition de pouvoir participer aux opérations navales ainsi qu'aux partages de butin, ce qu'il accepta.

Elle prit ainsi le nom de Cheng I Sao (la femme de Cheng I) et entra désormais pleinement dans la piraterie.

Pendant les six années qui suivirent leur mariage, la flotte rouge a accompli, le long des côtes de la Chine du sud, d'importants abordages, rackets et pillages qui ont permis d'un côté de faire passer son nombre de 200 à plus de 500 navires et d'un autre d’accroître la réputation de Cheng I Sao en tant que femme pirate.

Plus personnellement, le couple, pendant cette période, enleva à Xinhui, un garçon de 15 ans, nommé Chang Pao et déjà jeune pirate par ailleurs... Celui-ci finit par être adopté et reçut au fil du temps de hautes responsabilités dans la flotte rouge passant de lieutenant à second.

Mais en 1807, Cheng I décède et Cheng I Sao, saisit la chance de pouvoir commander la flotte rouge.

Désormais nommée Ching Shih, elle consolida d'un côté son pouvoir en s'appuyant sur les relations familiales de son ex-époux et des capitaines pirates qui lui étaient fidèles, mais elle conclut le tout en s'alliant intimement avec son fils adoptif qui était désormais tout acquis à sa cause comme amant et qui lui permettait de consolider sa mainmise sur la flotte.

Alors que Chang Pao assurait les raids et combats maritimes, Ching Shih entre stratégies, alliances, extorsions et contrebande d'opium, édicta un code de la piraterie, nommé "San-t’iao"avec des lois précises, sévères et impitoyables pour sa flotte qui se transforma rapidement de simple flotte pirate en armée parfaitement disciplinée. Tout navire voyageant dans les eaux sous le contrôle de la pirate, peu importe sa taille, se devait de respecter les règles.

Au fil de combats terrestres sur toute une année, de nombreux villages côtiers ont commencé à passer sous le contrôle de la pirate ce qui naturellement augmenta le nombre de navires et d'équipages liés à la flotte de Ching Shih.
Celle-ci fut estimée entre 1500 et 2000 bateaux dont un millier de larges jonques. Concernant le potentiel humain, celui-ci se hissa désormais entre 60000 et 80000 pirates et complices.
Mais ces villages permettaient également de faire lever des impôts, taxes et d'ancrer un long territoire sous la gestion de la pirate. A l' issue de cette campagne côtière, la quasi totalité de la côte entre Macao et Canton était soumise au pouvoir de Ching Shih.



En 1808, l'empereur, décida de réagir avec l'aide des portugais, en envoyant plusieurs navires de la flotte impériale faire face à la flotte rouge. Mais se fut sans succès et les déboires de la marine permettent encore à la pirate de renforcer davantage la composante de sa flotte en y intégrant les navires capturés ou les brûlots en y éteignant les feux.

La situation en faveur totale de la pirate , échappant entièrement au contrôle des autorités chinoises, fit que Ching Shih fut désormais perçue comme une menace directe contre la Chine.

Sa flotte fut cependant quelque peu mise en échec lors d'une bataille, non contre l'armée chinoise mais contre un homologue pirate réputé lui aussi du nom d'O-po-tae. Mais celui-ci, craignant une vengeance d'autant plus terrible de Ching Shih, se rapprocha de l'empereur en demandant son amnistie, qui fut acceptée pour lui et tous ses équipages.

L'armée chinoise pouvait désormais pleinement se concentrer sur la "Terreur de la Chine du Sud" comme pouvait la nommer ses ennemis ou encore les britanniques. Elle lança de nombreux assauts envers la pirate et tenta même d'envoyer à son encontre des aventuriers occidentaux portugais et britanniques. Tout au plus gênantes pour la grande flotte de Ching Shih, les autorités chinoises finirent par se résoudre à lui proposer un accord de paix et d'amnistie en 1810, par l’intermédiaire de Zhang Bai Ling, un fonctionnaire du gouvernement cantonais.



Cette négociation se déroula en mer entre Zhang Bai Ling et Chang Pao. Mais celle-ci tourna court, car outre le butin, un des points énoncés était que Ching Shih et Chang Pao s'agenouillent devant le gouvernement, clause ironique lorsque l'on sait que c'est la Chine qui a dans l’ensemble était défaite.
Après cette déconvenue, Ching Shih se décida d'aller directement à la rencontre de Zhang Bai Ling, dans son bureau à Canton, afin de commencer une nouvelle et longue négociation.

Elle négocie évidemment bien plus que la simple amnistie en livrant ses hommes. Usant de toute son éloquence, elle finit par obtenir tout ce qu'elle souhaitait, dont la conservation de tout son colossal trésor et l'annulation de toutes les charges retenues contre elle et sa flotte. Elle reçut en plus de ses conditions, une position officielle au sein du gouvernement tandis que Chang Pao intégra la marine chinoise en tant que lieutenant.

L'impasse de l'agenouillement a été résolu par Zhang Bai Ling, qui trouva un compromis en agissant comme témoin au mariage de Chang Pao et Ching Shih. (car officiellement, Chang Pao était encore le fils de Ching Shih et donc une faveur du gouvernement était nécessaire...) Les deux mariés s'agenouillèrent devant lui afin de le remercier. Cela a été accepté dans le cadre de l'acte de cession des activités de la flotte au drapeau rouge.

Elle finit ainsi par prendre sa retraite, ce qui est un fait rare, si l'on peut dire pour tout·e pirate.
Combien de pirates ont pu vraiment atteindre et profiter de l'utopique Libertalia ?

Notre désormais ancienne pirate continua sa vie en ouvrant sur Canton un hôtel avec salon de jeux et également, pour en revenir au tout début de notre histoire, une maison close. Elle donna naissance également à un fils avec Chang Pao qui lui, professionnellement, continua le reste de sa vie à servir la marine chinoise en terminant colonel.

Ching Shih décède en 1844, à l'âge de 68 ans, riche et respectée, tournant ainsi définitivement la page d'une carrière de pirate des plus remarquables.



Pour aller plus loin...

Le code de la piraterie :

- Toute pirate donnant ses propres ordres (qui ne proviennent pas de Ching Shih) ou qui désobéit à ceux d'un supérieur hiérarchique est décapitée.

- Interdiction formelle à tout pirate de piller les villes ou de voler les villageois fournissant de l'aide à la flotte pirate.

- Toutes les marchandises prises comme butin doivent être présentées et inspectées. Les butins sont enregistrés par le commissaire du bord et distribués par le leader de la flotte. Le navire saisisseur reçoit 20% tandis que le reste est placé dans le fond public.
L'argent réel est remis au chef d'escadron, qui remet seulement une petite quantité de retour au navire qui a réalisé la prise, de sorte que le reste de l'argent pouvait être utilisé dans l'achat de fournitures pour les navires moins chanceux en mer. Désobéir une fois à cette gestion revient à être battu sévèrement. La seconde fois, c’est la mort assurée.

– Toute désertion de son poste ou une prise de congé sans autorisation est interdite. Quiconque enfreint cette règle a les oreilles coupées et doit les porter autour de son cou et en cas de récidive, c'est le même principe que pour le point précédent.

- Un pirate peut prendre une captive à condition de lui être fidèle, de l'épouser et de bien la traiter. Violer une femme captive est puni de mort et en cas de relation consentie, le pirate meurt également décapité mais la femme, elle, se voit jetée à la mer le long du navire, un boulet de canon attaché à ses chevilles.

La violation d'autres parties du code condamnent à la flagellation, aux fers, ou à l’écartèlement.


Référence à Ching Shih

Pirates des Caraïbes

Dans "Pirates Des Caraïbes: Jusqu’au bout du monde" , Ching Shih fait partie du conseil des pirates.



Cantando dietro i paraventi (En chantant derrière les paravents)

Ce film théâtral italien de Ermanno Olmi sorti en 2003, retrace la vie de Ching Shih. Il n'est disponible qu'en Vostfr.



Pour la Petite Histoire - Ching Shih, la terreur des mers de Chine

Une video rapide qui résume en 3 minutes, l'histoire de Ching Shih. De quoi conclure cet article en vous faisant réviser ! :p


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