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Message Lundi 15 Avr 2013 8h16 Répondre en citant

Le papyrus Westcar ou Contes des Magiciens à la cour de Khéops

Le manuscrit fut donné à Lepsius vers 1838 par Miss Westcar qui l'avait elle-même rapporté d'Égypte. À la mort du savant, en 1886, le manuscrit passa au Musée de Berlin, le manuscrit fut enregistré à l'Ägyptisches Museum de Berlin sous le numéro 3033.
Il semble dater de l'époque des Hyksôs ou plutôt de la fin de cette période, mais l'original qu'il reproduit doit être beaucoup plus ancien et peut avoir été rédigé sous ou avant même la XIIe dynastie. Le manuscrit qui nous est parvenu date, vraisemblablement de la XVème dynastie, vers 1700 av. J.-C ., soit un millénaire après les évènements relatés, ce qui souligne la pérennité de ces légendes.

Un papyrus unique, malheureusement mutilé par endroit, présente plusieurs contes. Si le début est perdu, la suite du texte permet de comprendre la trame qui unit les diverses histoires qui nous sont contées.

Il était une fois un roi qui s’ennuyait. C’était le roi Kheops, en son palais de Memphis. C’était un souverain puissant et fort, que l’on respectait et que l’on craignait aussi un peu. Il avait fait construire, sur le plateau de Gizeh, proche de la ville capitale, une très haute pyramide, qui serait son tombeau pour l’éternité des temps à venir. Or ce monarque, comme la plupart des rois aimait qu’on lui conte de belles histoires mettant en scène d’habiles magiciens. Un jour, donc, toujours en quête de distractions, il convoqua ses fils (9 sans doute) et leur demanda de se faire conteurs, pour son plaisir ; il espérait que le récit de « tours » magiques rafraîchirait son cœur et le délasserait.

Ainsi fit également plus tard Shéhérazade à l’égard du sultan Shahryar, pendant mille et une nuits. L’ennui royal et son divertissement est un thème oriental propice à l’audition de belles histoires merveilleuses. Le style est simple, sans recherche, les mêmes tournures, les mêmes expressions se répètent. Le vocabulaire est peu varié et contient un assez grand nombre de termes appartenant à la langue du peuple.

La magie qui joue un grand rôle dans la pensée égyptienne tient une place importante dans ces récits qui mêlent les tours et les jeux des sorciers. La magie assure à l’homme qui connaît les justes formules et sait l’usage des amulettes, la santé lorsqu’il est malade, la victoire sur les êtres éventuellement hostiles et malfaisants ; elle peut l’aider à passer heureusement dans le monde de l’au-delà où l’attend une nouvelle vie, éternelle désormais. Les magiciens étaient nombreux et respectés en Egypte.

Du premier conte, Un prodige sous le roi Djoser, il ne reste que la formule finale.

Le deuxième conte met en œuvre la magie noire ou la sorcellerie à des fins personnelles.

Dans la troisième de ces histoires, la conclusion est remarquable : le « tour » de Djadjaemankh évoque avec insistance, le moyen grâce auquel Moïse put franchir la mer Rouge ; Moïse, élevé à la cour d’Egypte par la générosité de Pharaon, connaissait ces récits merveilleux et l’habileté de ses prêtres magiciens.

Dans la quatrième histoire, le magicien Djedi est le plus savant d’entre eux, il sait reconstituer l’œuvre, momentanément détruite, du créateur et même modifier le rythme saisonnier de l’univers, le plus humain aussi : qui ne veut sacrifier un homme, fût-il prisonnier, pour satisfaire la curiosité royale.

Les pharaons qui apparaissent dans ces contes :

Djoser : (« le Magnifique ») fut le premier roi de la IIIème dynastie. Les sources écrites sont trop rares à cette époque, pour que nous puissions comprendre la raison de ces changements de dynastie, ni l’origine des souverains. Des inscriptions rupestres et des bas- reliefs nous renseignent toutefois sur certaines activités extérieures au royaume. En Nubie, Djoser conquit la région située au nord de la 2ème cataracte, il exploita les richesses minières du Sinaï. Il fixa définitivement la capitale à Memphis. C’est dans le domaine de l’art que le règne de Djoser marque une véritable révolution. Construction de la première pyramide (à degrés) sur le plateau de Saqqarah sous la direction d’Imhotep.

Nebka : Le pharaon Nebka ou Senakht "Fils de Rê" ou encore Necherophès selon Manéthon, un des pharaons de la IIIème dynastie (mal connue). Certains égyptologues pensent que Nebka et Senakht sont deux pharaons différents, Nebka aurait régné après le pharaon Djéser (Djoser).

Snefrou : vers 2700 av. J.-C. Premier roi de la IVème dynastie. Il envoya des expéditions en Nubie et en Lybie, on le connaît surtout pour l’érection de 3 pyramides, celle de Meidoum (au sud de Saqqarah), et les deux pyramides à Dashour (sud de Saqqarah également)

Kheops : (Puisse Rê me protéger) vers 2650 av. J.-C. Deuxième roi de la IVème dynastie, fils de Snefrou. Khephren : (« Puisse Rê apparaître en gloire ») vers 2620 av. J.-C. quatrième roi de la IVème dynastie, fils ou frère de Kheops.
Peu de documents écrits nous sont parvenus de leurs règnes ; ils sont seulement inséparables dans l’esprit des écoliers de nos jours. Leur puissance est attestée par la grandeur majestueuse des pyramides construites sur le plateau de Gizeh, face au Caire actuel. Le peu que l’on sait sur l’administration du royaume provient de graffitis inscrit, notamment sur les rochers du Sinaï ; depuis la Ière dynastie, les rois s’intéressaient à la politique de pénétration dans la péninsule, située sur le chemin de l’Asie, Snefrou et Kheops développèrent beaucoup l’exploitation des mines de cuivre et les carrières de turquoise, des villages d’ouvriers furent créés, protégés par des retranchements contre les nomades pillards. Les noms même des souverains témoignent de la montée en puissance du clergé d’Héliopolis et des prêtres de Rê.

Les textes qui vont suivre ne sont pas des traductions littérale des écrits égyptiens, mais suivent fidèlement l'original ; ils sont racontés selon la manière des conteurs arabes modernes. Les traductions précises de textes seront en italique.

Le deuxième conte : Un prodige sous le roi Nebka ou Le conte de la femme adultère (incomplet sur le papyrus)

Le fils du roi, la prince Khephren, se leva alors pour parler et dit : « Je vais confier à ta majesté une histoire merveilleuse qui est arrivée au temps de l’un de tes ancêtres le roi Nebka, un jour qu’il se rendait au temple du dieu Ptah dans la grande ville du royaume » ; il aimait, lors de ses promenades, que l’accompagne le prêtre Oubaoner. Durant ce temps, l’épouse infidèle d’Oubaoner recevait en secret un ami, pour des débats amoureux ; nous appellerons cet homme « le vilain », car il était un homme vil et sans foi. Un certain jour, il proposa à la femme de le retrouver dans le pavillon de plaisance qui se trouvait dans le jardin de la propriété. C’était un endroit fort agréable que ce jardin ou poussaient marguerites, chrysanthèmes, pois de senteur, bleuets, mandragores ; un étang au centre de ce lieu, calme et parfumé, était parsemé de lotus blancs ou bleus ; des canards multicolores, des poissons rouges y nageaient librement. Le pavillon, dans cet oasis de fraîcheur, semblait un lieu opportun pour des rencontres secrètes ; la femme obéissante, demanda à l’intendant du jardin de le préparer pour le lendemain, sous prétexte d’y trouver quelque repos. Elle y passa le jour avec le vilain, buvant et s’ébattant, tandis que l’homme prenait aussi plaisir à descendre dans l’étang. Ils passèrent, là, un jour heureux.

Mais l’intendant du jardin, fidèle à son maître, prévint celui-ci et lui rapporta ce qui se passait en son absence. Celui-ci fort en colère, lui dit : "Apporte-moi mon coffret de bois d’ébène et d’or, qui contient mon matériel. " Il fabriqua alors, avec de la cire, un crocodile, d’une quinzaine de centimètres de long, récita sur lui une formule magique, le confia à son serviteur, lui demandant de jeter l’objet dans l’étang, lorsque le vilain viendrait à s’y baigner. Le lendemain, la femme comme à l’accoutumée, dit à l’intendant. « Fais préparer le pavillon de plaisance, car j’entends m’y reposer encore » ; on pourvu le lieu de toutes sortes de belles et bonnes choses, et les amants purent s’y livrer à leurs jeux ; le soir venu, ainsi qu’il avait l’habitude de le faire, le vilain voulut se baigner dans l’étang ; mais dès qu’il eut plongé dans l’eau , le serviteur jeta derrière lui le crocodile de cire, qui devint aussitôt une bête terrifiante, mesurant en longueur près de quatre mètres , elle se saisit du vilain et l’entraina au fond de l’eau.

Oubaoner demeura avec le roi Nebka pendant sept jours, tandis que l’homme vil, durant ce temps restait dans l’eau de l’étang sans pouvoir respirer. Au terme de ces sept jours, le prêtre dit à Pharaon. « Que ta Majesté vienne voir une merveille qui vient de survenir ». Ils se rendirent auprès de la pièce d’eau, et Oubaoner héla le crocodile. « Amène jusqu’à moi le vilain ». Le monarque fut surpris par la taille de l’animal, qui lui parut terrible ; mais lorsque le prêtre se baissa et saisit la bête, celle-ci redevint semblable au petit crocodile de cire qu’il avait façonné. Alors Oubaoner conta à Pharaon ce qu’avait commis l’homme vil, dans sa propre maison, avec sa femme. Le roi dit alors au crocodile. « Emporte ce qui est désormais ton bien ! » ; et l’animal, sur lequel le prêtre avait à nouveau récité une formule magique, redescendit avec l’homme dans le fond de l’étang, et l’on ne sut jamais où il était allé avec sa prise.

Le souverain soucieux du respect des règles morales, fit saisir par ses serviteurs l’épouse infidèle, elle fut conduite sur un terrain sis au nord de la résidence royale. Le Pharaon Nebka ordonna ensuite qu’elle soit brûlée vive et que ses cendres soient jetées au fleuve.

Ainsi parla le prince Khephren. Alors Kheops, fort réjoui par cette histoire, et désireux de manifester sa reconnaissance à ses principaux acteurs, commanda que soit fait un service d’offrandes spécial pour son ancêtre le roi Nebka : à savoir, mille pains, cent cruches de bières, un bœuf et deux mesures d’encens, qui furent fidèlement déposés devant la tombe-mastaba du pharaon mort, sur une table de calcaire réservée à cet effet, sur la face orientale du monument : ainsi le service religieux se faisait face à l’Ouest, considéré traditionnellement comme le domaine des morts, car le soleil, en disparaissant chaque jour à l’Occident de la terre, évoquait ainsi une mort fictive. Kheops commanda encore que quelques offrandes soient placées devant la tombe du prêtre Oubaoner, dont il avait pu apprécier le savoir magique : dans le monde de l’au-delà, celui-ci pourrait se nourrir des éléments revivifiant contenus dans les aliments et les boissons, ainsi déposés ; à savoir, un pain, une cruche de bière, un morceau de viande, une mesure d’encens. Et l’on agit conformément à tout ce que Sa Majesté, délassée et distraite, avait ordonné.

Le troisième conte: La boucle de la rameuse

Un autre des fils de Kheops, le prince Baouefrê, se leva ensuite et dit : « je vais conter à ta Majesté une aventure magique qui est arrivée au temps de ton père, le roi Snefrou »

Un jour, Snefrou, en quête de quelques distractions, car il connaissait aussi l’ennui, parcourait lentement toutes les pièces de son palais, tant la vaste salle de réception, où il recevait les Grands de la Cour, ses officiers et ses sujets, que les appartements intimes où vivaient tous ceux qui composait la famille royale ; il se promena dans les jardins fleuri et odorant, dont les milles parfums ne guérirent pas de son ennui. Alors, il fit appeler le prêtre Djadjaemankh et lui conta sa lassitude. Le prêtre, un homme de grand savoir, imagina une heureuse diversion à l’ennui royal ; il dit à Pharaon : « Que Ta Majesté se rende auprès de l’étang du palais. Là, tu ordonneras qu’un équipage, tout à fait particulier monte à bord d’une barque ; il sera composé de toutes les jeunes et jolies filles de ton harem. Ta Majesté, certes, se divertira tandis que tu les regarderas, en train de ramer de ci, de là, d’un bord à l’autre de l’étang ; tu pourras aussi contempler alentour tous les bonheurs de la nature : les nids, qui recèlent une vie ailée encore à venir, parmi les chants et les cris des oiseaux ; tu verras les champs qui s’étendent au loin, où paraissent déjà les jeunes pousses du blé en herbe, d’un vert soyeux et tendre. Le spectacle de toute cette vie, témoin du temps éternellement et heureusement renouvelé, fera disparaître ta fatigue du moment. »Le roi Snefrou fut aussitôt séduit par cette proposition, et commanda : « Que l’on amène vingt rames faites de bois d’ébène recouvertes d’or ; leurs poignées seront en bois de santal, recouvert également de l’or le plus fin. Que l’on amène également vingt femmes, vierges encore, dont les corps seront les plus beaux, la poitrine droite et orgueilleuse et dont la chevelure sera habilement tressée ; qu’elles enlèvent leurs vêtements et s’habillent de résilles légères » On agit conformément à tous les ordres qu’avait prononcé Sa Majesté.

"Alors le souverain les regarda tandis qu’elles faisaient avancer la grande barque sur l’étang, et son cœur se réjouit de voir la beauté de la nature et celles des femmes au corps souple et séduisant. Soudain, un incident se produisit, qui arrêta le lent mouvement des rameuses ; l’une d’entre elles, en voulant tresser une natte de sa chevelure qui s’était dénouée, fit tomber dans l’eau une boucle d’oreille de turquoise à laquelle elle tenait beaucoup. Elle n’accepta pas la proposition du souverain qui voulait lui en donner une semblable ; c’est son cher objet qu’elle souhaitait retrouver. Pharaon, qui s’amusait de cette histoire, appela à nouveau le prêtre Djadjaemankh et lui conta l’affaire. Celui-ci, également diverti par cet incident léger, et soucieux de plaire au souverain, prononça quelques formules magiques de sa connaissance ; alors on put voir la moitié de l’eau de l’étang se séparer de l’autre et venir recouvrir celle-ci de sorte que l’élément liquide, qui mesurait à l’origine six mètres de profondeur, en mesurait maintenant douze. Djadjaemankh traversa aisément à pied sec une partie de l’étang et retrouva, gisant sur une roche au plus profond de l’eau, le bijou convoité. Il le rendit à sa propriétaire, heureuse et reconnaissante. Puis, en énonçant une autre formule magique, il replaça l’eau de l’étang dans sa position originelle. Et la fête se poursuivit. Plus tard, Moïse, sur son chemin vers la terre de Canaan, se souviendra, dans le récit de ses aventures, de ce tour des magiciens de la vieille Egypte, qu’il avait bien connus dans son enfance et son adolescence."

« Snefrou passa alors un jour heureux en compagnie de toute la maisonnée royale et il récompensa le prêtre-magicien au moyen de toutes sortes de belles et bonnes choses. »

Kheops diverti par cette histoire, ordonna qu’un service d’offrandes fut accompli auprès de la pyramide de son père et devant le mastaba de Djadjaemankh.

Le quatrième conte : Le magicien Djedi

Alors le fils du roi, le prince Dedefhor, se leva à son tour et déclara à son père : « Tu as jusqu’à maintenant entendu des exemples de ce que qu’ont pu faire, grâce à leurs connaissances, ceux qui désormais appartiennent au passé. On n’y distingue pas toujours le vrai du faux. Mais il existe sous ton règne, en ta propre époque, un homme que tu ne connais pas et qui est un très savant magicien. Kheops curieux dit : Qui est-ce donc Dedefhor, mon fils ? » Le prince répondit qu’il existait dans une ville proche de Meidoum au sud de Memphis, un vieillard du nom de Djedi. Agé de cent dix ans, « il est encore robuste, et mange, en quelque temps, cinq cents pains, une moitié de bœuf et boit cent cruches de bière. Sa connaissance de la magie est grande : il sait fort bien ajuster à nouveau une tête qui a été coupée et séparée de son corps, il sait aussi faire marcher derrière lui un lion dépourvu de sa laisse sans que l’animal devienne agressif à son égard ; il connait les secrets du temple de Thot, le dieu-magicien, prince des livres, du langage et de l’intelligence. »

Kheops, de plus en plus séduit, dit : « va me chercher cet homme toi-même Dedefhor, mon fils, afin de bien veiller sur ce magicien sur ce magicien émérite que je souhaite connaître plus que tout au monde. » L’affaire fut rapidement menée : plusieurs bateaux ayant été équipés, le prince royal remonta le Nil en direction de Meidoum. Là, on débarqua sur la rive du fleuve et le voyage se poursuivit sur les chemins de terre ; Dedefhor était assis sur une chaise à porteur faite de bois d’ébène, dont les poignées étaient en bois de santal plaqué d’or ; les serviteurs le portèrent ainsi jusqu’à la maison de Djedi ; là on déposa la chaise, et le prince en descendit pour parler à l’homme de science.

A ce moment, celui-ci était étendu sur une natte, devant le seuil de sa maison ; l’un de ses serviteurs lui tenait la tête et le frottait à l’aide d’un onguent, cependant qu’un autre lui massait les pieds et les jambes. Le prince lui dit : « Ton état est celui d’un homme qui vit bien avant que la vieillesse ne soit venue, tu te reposes chaque nuit jusqu’au jour nouveau, tu es exempt de maux, tu n’as pas de quinte de toux. Je salue en toi un homme vénérable. Je suis venu ici pour faire appel à toi, avec un message de mon père, le roi Kheops, qui désirerait te connaître. Viens avec moi, afin de le rencontrer ; tu pourras manger de riches nourritures, de celles consacrées à la table royale, et, dans le bonheur des jours, tu pourras rejoindre lentement tes pères qui t’attendent dans la nécropole. »

Djedi parla : « Sois en paix ! Sois en paix ! Dedefhor, fils de Pharaon, aimé de son père. Puisse celui-ci sans cesse te louer et rendre éminente ta fonction ! Puissent être conjurées les mauvaises actions que pourrait projeter ton ennemi ! Je te salue, ô prince royal » Alors Dedefhor l’aida à se relever ; tous deux se dirigèrent vers le rivage, le prince tenant la main de Djedi. Celui-ci demanda : « Que l’on me donne une embarcation, afin qu’elle emmène en même temps que moi mes enfants et mes livres, mes enfants nés de moi, qui continueront ma propre vie et assureront sa perpétuité ; mes livres car leur connaissance rend toutes les actions efficaces, et, depuis longtemps, ils demeurent en mon cœur. » On lui donna pour cela deux barques avec leurs équipages, et Djedi s’en alla dans le bateau royal. La haute voile de lin blanc se gonflait sous le souffle d’une légère brise, tandis que deux rangées de hardis rameurs, l’une à bâbord, l’autre à tribord, faisaient avancer l’embarcation.

La petite flottille atteignit Memphis sans encombre. Dedefhor alla aussitôt prévenir son père que le savant magicien était arrivé ; le roi se tenait dans la grande salle de réception du palais, assis sur son trône d’or fin, entouré des personnages de la Cour, impatient de connaître Djedi. « Va, mon fils, amène-le jusqu’à moi » Djedi fut introduit et s’inclina devant Sa Majesté.

Kheops lui dit : « Pourquoi donc, Djedi ne m’a –t-il pas encore été donné de te voir ? »

Djedi : C’est celui qui est appelé qui vient, ô souverain, mon maître. Lorsque tu m’as appelé, vois, je suis venu.

Kheops : Est-ce la vérité ce que l’on dit, à savoir que tu sais ajuster à nouveau une tête qui a été coupée ?

Djedi : Oui, je peux faire cela.

Kheops, alors, commanda qu’on lui amenât le prisonnier encore en sa geôle, après qu’on lui eut tranché la tête.
Mais Djedi s’opposa à cet ordre disant : « Non en vérité ô souverain mon maître, on ne peut pas faire cela à un être humain, on ne peut accomplir semblable chose à l’égard du troupeau sacré de Dieu. » Kheops comprit ces paroles généreuses et fit que l’on amène une oie, dont la tête avait été coupée au préalable ; le corps de cette oie fut placée sur le côté ouest de la salle, tandis que sa tête était déposée sur le côté est. Djedi récita les formules magiques de sa connaissance ; on put alors voir le volatile se redresser en se dandinant, tant le corps que la tête ; après que les deux parties se furent rejointes au centre de la pièce, l’oie debout, se mit à glousser. L’assemblée fut enthousiaste à ce spectacle.

Kheops commanda alors que l’on amène un bœuf, dont la tête déjà reposait sur le sol. La même opération eut lieu et les deux parts de l’animal, sous l’effet de l’impulsion magique provoquée par les formules que Djedi prononça, se rejoignirent, et le bœuf debout, poussa un mugissement.
On fit de même, encore, avec un lion. Lorsque le puissant animal se redressa, il suivit calmement Djedi sans que celui-ci ait besoin d’une laisse pour le maintenir.

Grand était l’émerveillement de tous, et on loua la science du magicien, on applaudit à ses « tours » dont on ne connaissait pas de semblables dans le pays tout entier.

Khéops, définitivement conquis par cet homme sans pareil, lui posa encore une question : « Connais-tu les écrits secrets du dieu Thot ? J’aimerais les détenir.

Djedi : Je sais qu’ils sont enfermés dans un coffret de silex, qui se trouve non loin d’ici, dans le temple d’Heliopolis. Mais je ne puis te l’apporter.

Kheops : Qui donc me l’apportera ?

Djedi : c’est l’épouse d’un prêtre de Rê, seigneur de Sakhebou, lieu situé non loin de cette ville d’Heliopolis ; elle se nomme Redjedet, et porte actuellement en son sein trois enfants dont le père est le dieu lui-même. Rê a dit à leur propos qu’ils régneraient sur le pays, exerçant la fonction bénéfique de monarque de l’Egypte. »

Dès qu’il eut prononcé ces paroles, Djedi s’aperçut de la contrariété que celles-ci avaient provoquées dans l’esprit de Pharaon ; il se hâta d’ajouter : « mais ne soit pas chagrin. Car ton fils, puis le fils de celui-ci régneront avant les enfants que va mettre au monde Redjedet » Kheops aurait souhaité, lorsque le temps de l’accouchement serait venu, se rendre jusqu’au temple de Rê à Sakhebou, pour prier le dieu et assurer l’heureuse succession de ses fils ; mais Djedi lui annonça que l’accouchement devait avoir lieu lors du premier mois de la saison de la germination (au cours du mois de mars), l’éveil fécond de la nature devant correspondre avec l’apparition au monde des futurs souverains ; or, à ce moment de l’année, les bancs de sable de la région étaient à sec, et Kheops n’aurait pu les franchir commodément. Alors Djedi, pour le réconforter, lui dit : « Je ferai en sorte que quatre coudées d’eau apparaissent sur les bancs de sable, afin que tu puisse te rendre à Sakhebou. » Car un magicien habile, qui peut rétablir en son intégrité l’œuvre momentanément mutilée du créateur, peut aussi modifier, quand cela est nécessaire, le rythme saisonnier de l’univers.
Kheops, que sa lassitude et son ennui avaient délaissé, se réjouissait fort de la science de Djedi. Il voulut l’honorer grandement, et lui assigna comme résidence la maison du prince Dedefhor, afin que désormais il demeure en sa compagnie. De riches nourritures furent apportées, selon la promesse faite : mille pains, cent cruches de bière, un bœuf et cent bottes de légumes, provenant des cuisines royales. Ainsi Djedi termina sa vie dans la richesse et le calme de jours sereins.

FIN

(Sources : Textes sacrés et textes profanes de l’ancienne Egypte, II Claire Lalouette préface Pierre Grimal éditions Gallimard, Contes et récits de l’Egypte ancienne Claire Lalouette éditions Champs classique Flammarion, Dieux et pharaons de l’Egypte ancienne Claire Lalouette éditions Librio)


Qurfa historienne de Memphis
Dinogirl aléatoirement Nomarque et Vice Nomarque de Memphis.
« Ne dissocie pas ton coeur de ta langue et toutes tes entreprises réussiront... » (Aménémopé)
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Message Lundi 29 Avr 2013 10h07 Répondre en citant

Les Chants du Harpiste


Saqqarah/tombe de Paatenemheb. Calcaire. Leiden, Rijksmuseum van Oudheden

Les chants du harpiste ou chants du banquet sont sculpté sur les parois des tombeaux à partir du Moyen Empire, et connurent une grande vogue chez les scribes du Nouvel Empire.
Il s’agit sans doute de chants accompagnés à la harpe, qui étaient exécutés lors des banquets funéraires dans les tombes ; une autre explication de leur présence en fait de simples chansons à boire : explication peut-être un peu rapide.

Leur forme littéraire, en effet comme leur contenu, les rattachent à tout un courant de pensée. Leur « accent » épicurien (2000 ans avant Epicure) est évident : avant la mort inéluctable, il faut profiter de l’instant et de toutes les joies naturelles que peut apporter la vie.

Le plus ancien de ces textes fut sculpté à l’intérieur de la tombe d’un roi Antef (XIe dynastie, vers 2100 av. J.-C.), nous le connaissons non d’après son original, mais d’après une copie qui en fut faite dans la tombe de Paatenemheb (XVIIe dynastie ou XIXe dynastie) (fragment au musée de Leyde). Son expression le rattache au courant littéraire qui a marqué la première période intermédiaire et l’époque immédiatement suivante, et évoque parfois les Chants du Désespéré ; apportant toutefois une « solution » au doute et à l’angoisse : ceux-ci doivent être écartés par la recherche du bonheur de l’instant, celle des joies « vertueuses » éprouvées en chaque moment, du carpe diem.

Un élément graphique plaide aussi en faveur de la première explication données plus haut : le texte de ces chants, dans les bas-reliefs et les peintures est accompagné par l’image du harpiste, qui est souvent figuré aveugle ; réalité peut-être, mais aussi image parfaite de l’homme solitaire que sa cécité isole dans le monde, expression graphique très suggestive de l’abandon de l’homme à lui-même, l’homme seul sur lequel se lamente Ipou-our.

Cette tradition littéraire se perpétua jusqu’à l’époque classique : Hérodote dit qu’au cours de certaines fêtes, les Egyptiens faisaient circuler l’image sculptée en bois, d’une momie dans son sarcophage, tout en exhortant les assistants à boire et à être joyeux. Peut-être est-ce aussi au Chant du Harpiste que pense Hérodote quand il évoque le Chant de Linos. Le tradition de ces chants, attestés par Hérodote, apparait antérieurement dans les poèmes homériques et se perpétue encore à l’époque hellénistique et romaine.

Chant pour Antef

Chant qui se trouve dans la tombe d’Antef, juste de voix, et qui est placé devant le harpiste.

« C’est un homme prospère, ce bon seigneur. Un destin heureux est maintenant fini. Une génération passe et d’autres hommes viennent à sa place, depuis le temps des ancêtres. Ceux qui, autrefois, furent des dieux reposent dans leurs pyramides, les morts glorifiés de même. Mais ceux qui construisirent des tombeaux, leurs résidences n’existent plus. Qu’en est-il donc advenu ?

J’ai entendu les discours d’Imhotep et de Dedefhor (Hordjedef), dont les hommes partout prononcent les paroles, mais où est maintenant leur résidence ? Leurs murs sont détruits, leur emplacement même n’est plus, comme s’ils n’avaient jamais existé.

Personne ne revient du lieu (où ils se trouvent) pour nous dire comment, ils sont, pour nous dire de quoi ils manquent, afin d’apaiser nos cœurs, jusqu’à ce nous allions, (à notre tour), là où ils sont allés. Aussi que ton cœur soit joyeux, qu’il n’oublie que, un jour, tu deviendras un akh. Suis ton désir, tout le temps de ta vie. Place de la myrrhe sur ta tête, habille-toi de lin fin, et oins-toi avec les vraies merveilles qui appartiennent à Dieu. Accrois encore tes joies et ne permets pas que ton cœur s’attriste. Suis ton désir et les plaisirs que tu souhaites. Fais ce que tu veux sur la terre n’afflige pas ton cœur, jusqu’à ce que vienne, pour toi, le jour des lamentations. Mais le dieu-au-cœur-tranquille (Osiris) n’écoute pas les lamentations et les cris de deuils ne délivrent pas l’homme de l’au-delà.

Refrain :
Fais un jour heureux, sans te lasser !
Vois, personne n’emporte ses biens avec lui.
Vois personne n’est revenu après s’en être allé.

Ce Texte qui provient de le tombe d’un roi Antef ainsi que l’indique la première ligne, est connu par des copies du Nouvel empire : sur le papyrus Harris 500 et dans la tombe de Paatenemheb.

Chants pour Neferhotep

Prêtre de haut rang qui vécut à la fin de la XVIIIe dynastie sous le règne du roi Horemheb (vers 1320 av. J.-C.).

Premier chant.

Ce texte est sculpté dans sa tombe à Thèbes, sur le mur septentrional du passage menant de la cour extérieure à la chapelle intérieure.

Chant du harpiste qui est dans la tombe de l’Osiris, prêtre d’Amon Neferhotep, juste de voix.

Il dit : « Comme il était las, ce juste seigneur ! Mais un destin heureux est venu. Les corps passent depuis le temps des ancêtres, de nouvelles générations viennent à leur place. Rê se manifeste à l’aube, puis Atoum se couche dans la montagne de l’Occident. Les hommes engendrent, les femmes conçoivent, chaque narine respire les brises ; mais déjà lorsque blanchit (à nouveau) la terre, leurs enfants sont passés et vont dans leurs tombeaux. (A l’aube. Si le soleil renaît à l’orient, chaque jour, les générations humaines, elles, se succèdent dans la mort)

Fais un jour heureux. Place ensemble l’encens et l’huile fine pour ta narine, des guirlandes de lotus et des fleurs sur ta poitrine, tandis que ta sœur (c’est-à-dire l’épouse), douce à ton cœur, est assise à ton côté. Que les chants et les danses soient devant toi, rejette le souci derrière toi. Ne te souviens que de la joie, jusqu’à ce vienne le jour d’aborder à la terre qui aime le silence, là où le cœur du fils aimé ne se lasse point. (Allusion au service funéraire quotidien assuré par le fils dans la chapelle du tombeau, et qui garantit la vie matérielle du défunt.)
Fais un jour heureux, Neferhotep, juste de voix, prêtre aux mains pures.

J’ai entendu ce qui était arrivé …. Leurs constructions se sont effondrées, leurs tombes ont disparu, semblables à celles qui n’ont jamais existé, depuis le temps du dieu …. »

La fin du texte est mutilée par une large cassure dans la pierre.


Deuxième chant

Ce texte est sculpté sur la partie inférieure du mur méridional dans la pièce d’entrée de la tombe. L’accent de ce chant est un peu différent de celui des chants du harpiste habituels. Le remède proposé à l’angoisse est l’acceptation, calme, de la mort inéluctable, qui permet aux hommes de revivre dans un pays voué à la paix et à la justice.

Le harpiste du père divin d’Amon, Neferhotep, juste de voix dit « Ô vous, tous les morts distingués de l’Ennéade divine maîtresse de la vie, écoutez ce qui est chanté pour le père divin, tandis que l’on honore son ba bienfaisant de défunt excellent, maintenant qu’il est (devenu) un dieu vivant pour l’éternité, exalté dans l’Occident, afin que cela demeure un souvenir pour ceux qui viendront et pour tous ceux qui passeront.

J’ai entendu ces chants qui sont dans les tombes des anciens temps, et ce qu’ils disent pour magnifier la vie sur terre et pour amoindrir (l’existence dans) la nécropole. Pourquoi ne pas faire chose semblable pour le Pays de l’éternité, juste et rigoureux, sans terreur, et dont l’abomination est la violence ; là aucun ne se prépare à attaquer son prochain, car c’est un pays sans rebelles.

Tous ceux de notre parenté reposent en lui depuis les temps primordiaux, et ceux qui viendront à l’existence dans des millions et des millions d’années iront là aussi, tous. On ne s’attarde pas dans le Pays Bien-Aimé et aucun ne manque de s’approcher du Pays de l’éternité.

Quant au temps de la vie sur terre, c’est l’affaire d’un rêve, et l’on dit : « Bienvenue, en prospérité et santé » à celui qui déjà a atteint l’Occident. »

Fin


Sources : Textes sacrés et textes profanes de l’ancienne Egypte tome I Claire Lalouette préface Pierre Grimal éditions Gallimard



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Message Lundi 20 Mai 2013 10h22 Répondre en citant

La correspondance

Quelques centaines de lettres privées traitant de problèmes familiaux ou d’affaire ont été retrouvées lors de fouilles.

Parfois écrites sur des éclats de calcaire, des tessons de poterie, des tablettes de bois ou d’argile, le texte est cependant, le plus souvent, inscrit sur papyrus, à l’encre noire, sur des feuilles détachées de l’habituel rouleau. Le format de lettres le plus grand mesure 8 cm sur 20 cm. La lettre, ainsi écrite, était placée dans un étui plat, plié en deux ou trois, attaché avec une corde, scellé et portant l’adresse de son destinataire. Elle était ensuite confiée pour l’acheminement, à des domestiques ou des voyageurs obligeants ; il n’y avait pas de poste officielle pour la correspondance privée. Le plus ancien document relatant un service postal, essentiellement destiné au pharaon et à son ministre des finances, est un papyrus datant de 255 av. J.-C. Celui-ci s'effectuait à pied, sur des distances considérables. Le service était si périlleux que les préposés léguaient fréquemment leurs biens à leurs enfants avant leur départ (La Poste,Vie-Art-Cité, Lausanne).

Si certaines lettres répondent à une phraséologie type, il y avait des modèles de lettres, pour les scribes, d’autres plus longues, sont intéressantes ou amusantes : faisant parfois revivre, pour nous les menus problèmes de l’existence d’homme ayant vécu voici plus de trois mille ans.

La complexité de la production épistolaire se trouve encore accrue par la double généalogie qui est la sienne : elle repose sur une tradition savante – les lettrés ayant longtemps été les seuls détenteurs des compétences culturelles nécessaires à la pratique de la correspondance, mais sa plus grande extension est liée au phénomène social que fut l'« explosion » des usages épistolaires dans les milieux mondains de culture moyenne.

Parmi les premiers témoignages d'écriture dont nous disposons, plusieurs relèvent de l'usage épistolaire : par exemple, en akkadien, un contrat de reconnaissance de dettes (lettre cappadocienne, en fait, une tablette d'argile datant du XIXème - XVII ème s. av. J.-C.), ou encore une missive de type diplomatique (de Rib-Addi, prince de Byblos, au pharaon, 1364-1347 av. J.-C.) ; en Égypte, certains textes illustrent le fonctionnement d'un système clérical (lettre sous forme de papyrus de Menkheperré, premier prêtre d'Amon, au prêtre et scribe du temple Horemakhbit, env. 1050 ou 1000 av. J.-C.), d'autres matérialisent un certain rapport à la magie (message adressé à un mort, écrit sur la face externe d'un bol de terre cuite, env. 2200-2000 av. J.-C.).

Les écritures utilisées

Les hiéroglyphes :
Concernant les hiéroglyphes, on distingue deux niveaux de langue. Le premier appelé moyen égyptien ou égyptien classique correspond à la langue littéraire en usage sous la XIIème dynastie. Le second, dit le néo-égyptien, est la langue des lettres privées des textes administratifs et juridiques et de la littérature à partir du milieu de la XVIIIème dynastie.

Le hiératique à l’origine écriture profane se lisant de droite à gauche. Si les signes hiéroglyphiques sont toujours bien séparés, le hiératique peut lier les signes, comme on le fait avec l’alphabet latin. C’est la version cursive et simplifiée des signes hiéroglyphiques

Le démotique (se lisant de droite à gauche)
Littéralement, l'écriture «populaire» (du grec demos). Elle apparaît sous la XXVIe dynastie (664-525 av. J.-C.) et dérive d'une simplification ultérieure du hiératique. Ainsi, des groupes entiers de signes ne forment plus, dans le démotique, que quelques signes isolés. C'est la seule forme d'écriture largement usitée pendant le millénaire suivant. Elle est le reflet de la langue populaire et très employée par les dirigeants et dans les textes juridiques. La bande centrale de la Pierre de Rosette (Rashîd) est en démotique. Bien que l'origine du démotique soit probablement à rechercher dans les documents administratifs en hiératique, il est beaucoup plus développé que ce dernier. Le démotique a une structure grammaticale, un nouveau vocabulaire, ainsi que de nombreux signes supplémentaires, des abréviations et des lettres liées.

Les lettres traduites ci –dessous datent de la XIXème dynastie. La première de ces lettres est de la même veine réaliste et humoristique que la « Satire des métiers. Le texte en est écrit sur deux papyri de la collection Anastasi, deux papyri de la collection Chester Beaty et un ostracon de Deir-el- Medineh. Ces lettres en effet, comme les textes littéraires, servaient aux exercices d’écriture des scribes.

Réponse à un scribe à propos du métier de soldat :

Que signifie ce que tu dis . « Il est plus doux d’être soldat que scribe ? »
Viens, je vais te raconter ce qu’il en est de l’état du soldat, si souvent rossé. Il est emmené alors qu’il est encore un jeune enfant, enfermé dans des baraquements ; un coup brûlant est assené sur son corps, un (autre) coup violent sur ses sourcils, cependant que sa tête est fendue par une blessure ; puis il est étendu sur le sol et battu comme papyrus ; alors, il est meurtri et brisé.

Venons-en à sa marche vers la Syrie, à sa marche sur les montagnes ; il porte ses aliments et son eau sur les épaules, telle la charge d’un âne ; cela fait son cou raide comme celui de l’animal, et les vertèbres de son dos sont courbées. Il boit de l’eau saumâtre, et il est délivré (de son fardeau) seulement pour monter la garde. Quand il approche de l’ennemi il est comme une volaille déjà saisie.

Quand arrive le moment de revenir en Egypte, il est semblable à un morceau de bois que les vers ont mangé ; il est malade et doit s’allonger ; alors on le ramène sur un âne (sort infamant pour un égyptien, l’âne étant l’animal dans lequel pouvait s’incarner le dieu Seth, dieu de l’orage et de la stérilité), ses vêtements sont volés et son serviteur s’est enfui.
Ô scribe Inana, détourne-toi donc de la pensée selon laquelle il est plus doux d’être soldat que d’être scribe.

Lettre d’un fils à son père

Texte écrit sur le papyrus Anastasi V, (20, 6-21, 8) British Museum 19ème dynastie époque ramesside.

Le scribe Amenmose s’inquiète de la santé de son père, le commandant des archers Bakenptah (lui-même étant) en vie, santé et force et dans la faveur d’Amon Rê, le roi des dieux.

Je dis à Rê-Horakhty, à Atoum et à son Ennéade entière : « Puisses-tu être en bonne santé pendant la durée de chaque jour ! »

Je dis aussi : « Envoie-moi de tes nouvelles, par l’intermédiaire de (litt. « par la main de tout homme ») quiconque viendra de ta part, car mon cœur (souhaite) entendre (parler) de toi chaque jour. Tu ne m’as adressé (jusqu’à maintenant) aucune nouvelle, bonne ou mauvaise, et aucune des personnes que tu as envoyées n’est passée près de moi, afin de me dire comment tu te portes.

Ecris-moi donc à propos de ton état, de la situation des serviteurs en regard de toutes leurs tâches, car mon cœur est « derrière eux » (se soucie d’eux), absolument, sans cesse.

De même je fais en sorte que te soient apportés cinquante bons pains kereshty, car le transporteur en a laissé trente, disant : « je suis trop lourdement chargé » ; et il n’a pas voulu attendre pour emporter aussi des légumes du domaine, bien qu’il n’ait pas dit (auparavant) quand il me verrait, ni quel soir il viendrait. Je te fais parvenir également, par son truchement, deux vases de graisse pour onguent.

Que ta santé soit bonne !

Lettre de félicitations pour une promotion.

Texte écrit sur le papyrus Anastasi V, (11, 7-13, 1) British Museum 19ème dynastie époque ramesside.

Le commandant des archers , intendant des pays étrangers, Penamon, au commandant des archers, Paheripedet (lui-même étant) en vie, santé et force, dans la faveur d’Amon-Rê, le roi des dieux et dans celle du ka du roi de Haute et Basse Egypte Ouserkheperourê-Setepenrê (le roi Seti II), Vie-Santé-Force.

Je dis à Rê-Horakhty : « Puisse être fort Pharaon Vie-Santé-Force, notre seigneur parfait ; puisse-t-il accomplir des millions de jubilés, tandis que tu es chaque jour en sa faveur ! »
Je dis aussi : « J’ai écouté ce que tu avais écrit, et qui disait : « Pharaon, Vie-Force-Santé, mon seigneur parfait, a pris à mon intention d’heureuses dispositions, puisqu’il m’a promu Chefs des archers du Puits (l’une des forteresses (comportant un puits) qui devait se trouver sur la route militaire menant de la frontière nord-est du Delta à la Palestine et à la Syrie) ». Ainsi m’as-tu écrit.

C’est vraiment une bonne décision de Rê(c’est-à-dire Pharaon, fils de Rê et assimilé à celui-ci) que de t’avoir mis dans la place de ton père. Félicitations encore et encore !

Lorsque ta lettre m’est parvenue, je me suis réjoui, beaucoup, beaucoup. Puisse Rê-Horakhty permettre que tu accomplisses un long temps dans cette place (autrefois occupée par)ton père. Puisse Pharaon Vie-Force-Santé te regarder, toi à nouveau. Puisses-tu prendre encore plus de puissance !

Mais écris-moi sur ta condition et sur celle de ton père, par l’intermédiaire de porteurs de lettres qui viendront ici de ta part.
Je dis également : « je suis bien, le domaine de Pharaon Vie-Force Santé également. Ne te fais pas de souci pour moi. Que ta santé soit bonne ! » Troisième mois de la saison Shemou, vingt-troisième jour.



Sources : Universalis - Textes sacrés et textes profanes de l’ancienne Egypte tome I Claire Lalouette préface Pierre Grimal éditions Gallimard


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Message Lundi 24 Juin 2013 10h48 Répondre en citant

La paperasserie



Les archives, découvertes au XIXe siècle à Abousir, sont parmi les plus anciens papyrus hiératiques connus. Sur des tableaux de service étaient consignés pour chaque jour ou chaque mois les tâches du personnel, des inventaires de matériel et surtout des comptes. Ces deux fragments correspondent à un inventaire détaillé des vases de culte pour l'un, et une récapitulation mensuelle des livraisons de marchandises, pour l'autre.
Dès l'ancien empire : la paperasserie

Nous éprouvons une certaine fascination à l'égard des contes, des textes religieux et récits légendaires de l'Ancienne Egypte. Et pourtant sait-on que les plus anciens papyrus connus actuellement sont un paquet d'archives qui constituent le plus bel exemple de paperasserie administrative.
Plusieurs symptômes invitent à penser que la fièvre bureaucratique des égyptiens s'était déclarée dès le courant de la 1ère dynastie. Mais le premier témoignage direct sur cette fièvre jusqu'ici publié date de la 5ème dynastie : il s'agit des archives du temple funéraire du roi Néferirkarê (mort vers 2460 av. J.-C.) dont ces deux documents représentent des fragments.

Aucune entreprise ou aucun Etat moderne n'est plus capable d'accumuler une telle masse de paperasserie.

Le tableau d'inventaire

Le personnel du temple procédait périodiquement à des inventaires minutieux du matériel de culte placé sous sa responsabilité. Le résultat de ces inspections était consigné dans des tableaux quadrillés. Deux encres différentes, noire et rouge, ont été utilisées pour séparer plus clairement les différentes notations. Chaque colonne est consacrée à la description de l'état de conservation d'un objet. Au cours des inspections successives, ces objets sont cochés "présent" et les modifications éventuelles à leur état, relevées.
Les en-têtes, en lignes horizontales, sont écrits en signes grands et clairs. Ces titres, qui traversent les colonnes, indiquent la matière (quartz, galène, encens), les types d'objets enregistrés (vases, coupes, coffret) et des précisions techniques (plaquage d'argent).
Le soin porté à ces observations est stupéfiant. Par exemple, au sujet d'un vase : " Vides, fuites, nombreuses réparations en lui, nombreux éclats..."
Cette précision confine même à la maniaquerie : une colonne entière a été consacrée à noter la présence d'une boulette d'encens !

Le tableau de comptabilité

La feuille est une partie d'un rouleau de récapitulation mensuelle, établie à partir de comptes partiels. Le titre est inscrit de manière horizontale en haut : "Offrandes apportées du temple solaire du roi Neferirkarê à son temple funéraire."
Le temple solaire, situé à quelques kilomètres, était le véritable centre économique. Il transmettait au temple funéraire les produits des différents centres agricoles, ou les services qui ont chacun droit, dans ce tableau, à un chapitre vertical. Dans ces chapitres chaque produit se voit réserver trois colonnes respectivement consacrées aux quantités devant être livrées, effectivement livrées et au reste dû. Les chiffres sont inscrits dans les 30 lignes des 30 jours du mois, séparés en trois décades par des lignes rouges. Nous pouvons ainsi savoir que le 3e jour du mois le palais aurait dû fournir un lot de 15 gâteaux, 2 pains et 1 cruche de bière, mais qu'il n'en a rien fait. Le lendemain la livraison a bien été effectuée.
A la fin de la page sont même indiqués les noms des responsables des livraisons.


(source le Louvre)


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Message Vendredi 5 Juil 2013 12h12 Répondre en citant

Bonjour,

Je viens de réaliser que je n'ai jamais mis les fiches sur la BD ayant pour toile de fond l'Egypte antique (fiches qui ont pas mal circulé sur Egyptis)

Les grands classiques du 9e Art nous ont fait voyager au travers de la civilisation égyptienne.

Les auteurs BD n’ont pas été épargnés par la fascination de l’Egypte antique. Depuis Hergé qui a fait vivre à Tintin l’une de ses plus mystérieuses aventures dans Les cigares du Pharaon jusqu’à Bilal dont La foire aux immortels nous plonge parmi d’inquiétants dieux égyptiens, sans oublier bien sûr Blake et Mortimer dans Le mystère de la grande pyramide d’Edgar P. Jacobs… et bien d’autres nous ont amené au fil de nos lectures en Egypte. Je vais donc tenter de vous donner un aperçu de ces BD


Les Cigares du Pharaon (ou Les Aventures de Tintin, reporter, en Orient) est le quatrième album des aventures de Tintin, publié en noir et blanc du 8 décembre 1932 au 1er février 1934 dans les pages du Petit Vingtième, supplément du journal Le Vingtième Siècle. En 1955, parait l'édition actuelle couleur.
Tintin est en croisière à destination de l'Extrême-Orient. À bord, il rencontre un égyptologue farfelu, Philémon Siclone, à la recherche du tombeau du pharaon Kih-Oskh. Tintin devient bientôt la cible d'un homme mystérieux, qui cherche à se débarrasser de lui en faisant croire à la police qu'il transporte de l'opium avec lui. Tintin est arrêté par deux agents de la sûreté, X33 et X33 bis (alias Dupont et Dupond), qui le retiennent prisonnier, avec Milou, à bord du paquebot. Alors que le bateau fait une escale à Port-Saïd en Égypte, Tintin et Milou s'évadent, et ils retrouvent peu après Philémon Siclone. Tintin accepte de l'accompagner au Caire dans son expédition à la recherche du tombeau de Kih-Oskh. Dans le tombeau, Tintin et Milou découvrent de mystérieux cigares, mais sont enlevés... Abandonnés en mer, ils sont sauvés et débarquent en Arabie, où ils sont toujours recherchés par les Dupondt. De là, après plusieurs péripéties, ils arrivent en Inde chez le maharadjah de Rawajpoutalah. Ils s'attaquent alors au trafic d'opium et démantèlent en partie un gang de trafiquants. Finalement, Tintin découvre que les cigares contenaient l'opium en question. Mais l'identité du chef du gang (autrement dit, l'homme qui a essayé de faire croire qu'il transportait de l'opium avec lui sur le paquebot) lui est toujours inconnue... En réalité, cette intrigue se poursuit dans Le Lotus bleu

On peut noter que cet album parait seulement douze ans après la découverte de la tombe royale du pharaon Toutankhamon, et la scène de disparition des égyptologues se rendant à la tombe de Kih-Oskh fait référence à la prétendue "malédiction du pharaon".

Auteur Hergé
Hergé, de son vrai nom Georges Prosper Remi né le 22 mai 1907 à Etterbeek et mort le 3 mars 1983 à Woluwe-Saint-Lambert, en Belgique, est un auteur belge de bande dessinée francophone, principalement connu pour Les Aventures de Tintin. D'abord dessinateur amateur d'une revue scoute, il signe ses planches du pseudonyme « Hergé » à partir de 1924. Quelques mois plus tard, il entre au quotidien Le Vingtième Siècle, dont il devient rapidement l'homme providentiel grâce aux Aventures de Tintin. Celles-ci débutent le 10 janvier 1929 dans un supplément du journal destiné à la jeunesse, Le Petit Vingtième. Importateur de la bande dessinée américaine à bulles, il est souvent considéré comme « le père de la bande dessinée européenne »




ALIX : Avec cette série antique, la première du genre, Jacques Martin infatigable raconteur d'histoires crée un formidable péplum de papier, jamais égalé depuis lors.

Alix, jeune esclave gaulois adopté par un patricien Honorus Galla. Ami de César est caractérisé par son courage exemplaire. Alix parait dans le Journal de Tintin, à partir du numéro 38 du 16 septembre 1948, sera publiée par les éditions Casterman. Les intrigues se déroulent à l'époque de Jules César, principalement à Rome, en Gaule, en Mésopotamie, en Afrique et en Asie Mineure.

Alix voyage en Égypte pour la première fois, dans Le Sphinx d'or (album publié en 1956), il est chargé par César de déjouer un complot de Pompée (ce qui constitue un thème récurrent de la série), qui espère s'emparer de l'Égypte par l'intermédiaire de son meilleur espion. C'est dans cet album que le jeune héros rencontrera Enak, un orphelin égyptien, qui l'accompagnera dans le reste de ses aventures.

Le Prince du Nil (publié en 1974). Alix accompagne Enak dans le sud de l'Égypte, où se trouve un royaume nubien, celui du pharaon Ramès Menkharâ, dont le jeune égyptien serait l'héritier perdu. Il découvre rapidement qu'il ne s'agit que d'une habile manœuvre pour le faire venir et le contraindre à assassiner Jules César. Alix refuse et après une tentative de fuite avortée avec Enak, il est envoyé comme esclave sur le chantier de la pyramide construite par le pharaon du royaume nubien où l'on tente alors de le tuer.

Ce n'est que dans des épisodes plus récents qu'Alix pénétrera à la cour de Cléopâtre à Alexandrie, qui est dépeinte comme un lieu de débauche et de conspirations permanentes, bien loin du climat bon enfant d'Astérix. Ò Alexandrie est un travail d'équipe (on pourrait même dire un travail "de studio") qui a été dirigé de près par Jacques Martin. Ce dernier ne pouvait plus dessiner seul à cause d’une maladie des yeux, c'est ainsi que Rafael Morales dessine ses premiers décors égyptiens. D'emblée, il fait preuve d'une grande maîtrise dans cet exercice.

Auteur Jacques Martin
Jacques Martin, né le 25 septembre 1921 à Strasbourg et mort le 21 janvier 2010 à Orbe en Suisse, est un auteur de bande dessinée de nationalité française, surtout connu pour ses séries Alix et Lefranc. Il a également contribué à plusieurs albums de Tintin.
Sa capacité à faire passer un souffle épique, sa grande maîtrise du dessin technique notamment dans le domaine architectural, alliées à son sens du respect historique fondé sur la documentation, en font un des grands auteurs de la BD franco-belge.



Blake et Mortimer : Le mystère de la grande pyramide

Quoi de plus simple que de citer l’auteur lui-même voici un extrait écrit par Edgar P. Jacobs dans son ouvrage "un Opéra de Papier"

24 mars 1950. Irrésistiblement fasciné depuis toujours par l'art et l'histoire de l'ancienne égypte, je ne pouvais manquer de me laisser séduire par un récit qui aurait pour cadre le prestigieux plateau de Gizeh, et pour sujet central la fabuleuse pyramide de Chéops, l'une des sept merveilles du monde antique ! Aucune construction humaine n'a autant enflammé les imaginations ni suscité de plus folles théories que cette écrasante masse de pierres, d'où émane une indéfinissable atmosphère de magie et de mystère. Après tant de savants exégètes, j'ai à mon tour essayé, tant pour mon propre plaisir que pour celui de mes lecteurs, d'imaginer cette histoire d'"Archéologie-fiction", située à mi-distance des délirantes divagations de certains vurgarisateurs et des trop concrètes explications des égyptologues, à qui la rigueur scientifique interdit le désir d'embellir l'imagination. Restait à déterminer l'époque où situer l'action. Remontant l'histoire des dynasties pharaoniques depuis celles des pyramides jusqu'à celle du Nouvel Empire, je fus frappé par le règne fulgurant mais éphémère d'Aménophis IV, célèbre dans l'histoire sous le nom d'Akhnaton, le roi hérétique. Il est bon de rappeler qu'en 1950 Akhnaton n'était pas "à la mode", et sa réforme monothéiste n'intéressait guère le grand public. En étudiant les conditions assez obscures de sa mort et de sa succession, le mystère qui entoure sa sépulture et l'anarchie qui accompagna la contre-réforme, j'ai pensé trouvé là le chainon qui me permettrait de relier la IVe dynastie à l'éblouissante parenthèse du culte d'Aton, et de résoudre en même temps cette autre énigme, tant controversée : l'existance possible d'une chambre secrète au coeur de la Grande Pyramide. Me fondant sur les écrits des auteurs les plus autorisés, tels qu'Hérodote, Strabon, Abd-Allatif, Mariette, Maspéro, Lauer..., j'établis très soigneusement mon synopsis ainsi que ma théorie. Cela fait, je sollicitais une entrevue auprès du professeur Pierre Gilbert, directeur de la fondation Egptologique Reine-Elisabeth et conservateur des musées d'Art et d'histoire du Cinquantenaire qui, contre toute attente, voulut bien me recevoir. Je ne voudrait pas manquer l'occasion que voici pour le remercier encore bien vivement d'avoir accepté de discuter d'un sujet aussi puéril en un temps où la bande dessinée était non seulement déconsidérée, mais vilipendée par la plupart des intellectuels et des enseignants. Je lui exposait les grandes lignes du thème que je comptais traiter, et il voulut bien reconnaître (tout en m'en laissant l'entière responsabilité) la vraisemblance des situations et l'exactitude du contexte historique de mon hypothèse. Il essaya seulement de me dissuader de choisir comme cadre le plateau de Gizeh, arguant que celui-ci, fouillé de fond en comble depuis des siècles, ne devait plus recéler aucun secret. Cette dernière objection me tracassa beaucoup, car elle m'enlevait mon principal atout : la Grande Pyramide. Aussi, après mûre réflexion et comme par instinct, je décidai de m'en tenir à ma première idée. Bien m'en prit. Quatre ans plus tard, en 1954, l'archéologue égyptien Kamal El Mallak découvrait, à 15 mètres sous le sable et au pied même de la Grande Pyramide, l'une des barques solaires de Chéops, parfaitement conservée ! Le professeur Gilbret mit très obligeamment à ma disposition les ouvrages de la Bibliothèque de la Fondation et, tout au long de la réalisation de cette histoire, répondit de la meilleure grâce à mes innombrables demandes de renseignements. Il accepta même de réaliser la transcription hiéroglyphique du texte de la Pierre de Maspéro.

Auteur Edgard Félix Pierre Jacobs
Plus connu sous le nom d'Edgar P. Jacobs est un auteur belge de bandes dessinées né le 30 mars 1904 à Bruxelles, mort le 20 février 1987, auteur de la série des Blake et Mortimer et un des collaborateurs d'Hergé.



Papyrus Publiée à partir de janvier 1974 dans le journal Spirou (n°1867).

Avec un nom tel que le sien Papyrus est égyptien. Non précisée, la période historique dans laquelle évolue ce personnage peut néanmoins être située entre 1500 et 1000 avant notre ère.
Petit pêcheur, le jeune Papyrus vit au bord du Nil. Par un heureux hasard il sauve de la mort la belle Théti-Chéri, la fille unique de Pharaon. Les deux enfants se lient alors d’amitiés et vivent des existences parallèles pleines de rebondissement. Affrontant de multiples dangers, n’hésitant pas à s’affronter aux dieux puissants d’alors, la noble Théti-Chéri et l’humble Papyrus grandissent protégés par leur indéfectible complicité.
Si elle ne se veut pas uniquement historique mais s’oriente très vite vers le genre merveilleux, la série Papyrus est pourtant saluée par un bon nombre d’enseignants pour son authenticité et sa crédibilité.

Influencé par le graphisme classique en vigueur alors dans l’hebdomadaire Spirou, Papyrus évolue cependant très vite vers un trait plus réaliste, plus net, qui n’est pas sans rappeler ce que d’aucuns appellent communément l’ « école de Bruxelles ».

Lucien de Gieter garde pourtant à l’esprit son objectif : offrir une bande dessinée de qualité riche et colorée, susceptible d’être appréciée par tout un chacun. Résultat atteint si l’on en juge par le succès immédiat remporté par cette série. Les aventures de Papyrus sont reprises en albums aux éditions Dupuis à partir de 1978.
(Source Dictionnaire mondial de la Bande Dessinée Larousse)

Auteur Lucien De Gieter
Né le 4 septembre 1932 à Etterbeek (commune de Bruxelles), Lucien De Gieter fait des études artistiques à Saint Luc avant de travailler successivement dans une entreprise d'aménagement de magasin, comme décorateur à l'Exposition universelle de 1958, puis comme concepteur d'esthétique industrielle.
Il fait ses débuts dans la bande dessinée en tant que scénariste de mini-récits pour SPIROU, en 1961, puis lance sous cette forme sa première série dessinée intitulée "Pony" en contant les mésaventures d'un charmant jeune cow-boy. Il collabore avec Peyo à l'encrage des "Schtroumpfs" et assure pendant quelque temps la reprise des mini-gags de son chat "Poussy". Mais c'est avec "Tooot et Puit", un jeune pêcheur nippon et une sirène, qu'il s'assure une réputation d'auteur complet.

En 1974, les premières planches de "Papyrus" voient le jour dans SPIROU. Cette saga égyptienne se transforme vite en classique, dont le succès permet même à son auteur de visiter enfin longuement et à plusieurs reprises le pays dont il s'inspire. La minutieuse documentation de cette série servira de référence à de nombreux professeurs d'histoire et créera bien des vocations d'égyptologue chez les jeunes lecteurs. Le personnage et son univers se voient désormais prolongés par des dessins animés, des ouvrages illustrés pour la jeunesse et des jeux électroniques éducatifs. (source Dupuis)



Sur les terres d'Horus (éditions Delcourt)

L’intrigue se déroule dans l’Egypte ancienne. Le prince Khaemouaset, fils de Ramsès II, est chargé d’élucider des énigmes. Il est secondé par Meresankh, une femme scribe dont il est discrètement amoureux. Pourtant, la jeune femme a les pensées tournées vers Imeni qui a disparu…

Cette bande dessinée historique et policière nous présente une héroïne moderne. Elle est amoureuse et mère, fidèle mais pas insensible, travailleuse en restant indépendante, courageuse et fragile. Si les deux premiers tomes sont à lire simultanément, les suivants relatent des enquêtes distinctes. Il faut attendre le dernier volet de la série pour connaître le dénouement de l’histoire amoureuse de Meresankh. L’Egypte ancienne est présentée dans sa vie au quotidien. Un glossaire témoigne de l’attention portée par l’auteur à la réalité historique. Isabelle Dethan joue avec la lumière dans ses beaux pastels et nous invite à succomber, avec son héroïne, au charme de l’Egypte des pharaons.

Enquête policière, tragédie grecque, on oublierait presque que cette histoire remarquable se déroule en Egypte, tant les détails ont été minutieusement reconstitués, conférant aux décors une crédibilité étonnante. Les monuments aujourd'hui dégradés s'affichent dans toute leur majesté et leur splendeur, tel le temple de Thèbes ou les pyramides recouvertes de marbre blanc.

De même, les personnages vivent au quotidien avec tant de naturel que l'on efface sans peine les images de sarcophage et de momies, ou de peintures figées, pour rejoindre ceux qui furent des hommes et des femmes comme nous. Chaque album met en exergue une divinité (Maat, Seth, Anubis...). En 2010 a paru le dernier chapitre de cette belle série en 8 tomes.

Auteur Isabelle Dethan
Isabelle Dethan est une dessinatrice et scénariste de bandes dessinées née le 28 décembre 1967 à Bègles. Elle fait des études de lettres et réalise un mémoire sur la littérature médiévale. Son premier récit est publié en Allemagne, dans la revue Schwermetall. Elle a remporté l'Alph'Art Avenir au festival international de la bande dessinée d'Angoulême en 1992.

Pourquoi l'Egypte? Attirée depuis toujours par l'Histoire antique, l'auteur souhaitait pouvoir dessiner une héroïne crédible au sein de scénarii de type "polar", l'Egypte des pharaons, société où les femmes avaient bien plus de droits qu'à Rome ou en Grèce, convenait parfaitement.

La scénariste, Isabelle Dethan, qui a également écrit, entre autres, le Roi Cyclope, Khéti, fils du Nil et le Tombeau d’Alexandre est spécialiste de l’Égypte ancienne. Rien d’étonnant, donc, à ce que Sur les Terres d’Horus soit aussi bien documenté que passionnant. On y découvre plus en détail la vie égyptienne à cette époque, notamment à la cour du Pharaon. Les rites, traditions et personnages importants, nous sont racontés ici de manière romancée, sans pour autant écorcher ou enjoliver la vérité.



Astérix et Cléopâtre

Astérix et Cléopâtre est le sixième album de la série de bande dessinée Astérix de René Goscinny (scénario) et Albert Uderzo (dessin), publié dans Pilote du no 215 (5 décembre 1963) au no 257 (24 septembre 1964). L’album, publié en 1965, a été tiré en 100 000 exemplaires.

Lorsque René Goscinny et Albert Uderzo sont allés ensemble découvrir le film «Cléopâtre» de Joseph Mankiewicz dans un cinéma de Bruxelles en 1963, le moins qu'on puisse dire est qu'ils ont eu du nez! Inspirés par la performance de Liz Taylor dans ce film pharaonique, les deux amis se sont immédiatement mis au travail pour ébaucher ce qui allait devenir un des personnages les plus aboutis de l'Univers d'Astérix, la reine Cléopâtre en personne! Et quelle Cléopâtre!
A la fois colérique (ses vases en savent quelque chose), magnanime (elle sait reconnaître ses erreurs et gracier nos Gaulois préférés après les avoir jetés au cachot sur un malentendu), loyale, autoritaire, mais aussi sublimement belle, ou encore moqueuse avec César…
Nul doute que cette figure royale haut en couleur est la marque de grands auteurs dont le talent permet de verser avec bonheur dans la plus franche caricature sans sacrifier pour autant à la consistance de personnages riches et complexes.
En témoigne l'émotion du druide Panoramix qui, loin de ne voir en cette Reine des reines qu'une simple caricature, ne cache pas son admiration devant une femme avec laquelle il rêverait de se trouver nez à nez. Avec son Jules, elle forme par ailleurs un couple père-mère de substitution convaincant pour nos grands enfants de Gaulois à la turbulence avérée.

Dans l'album Le Fils d'Astérix, Albert Uderzo filera cette métaphore jusqu'au bout, puisque Cléopâtre y confie la garde de leur impériale progéniture Césarion à un village d'irréductibles définitivement intronisé lieu idéal pour une enfance épanouie!

Cléopâtre est furieuse de voir son peuple traité de décadent par César. Elle lui parie alors que son peuple lui construira un palais somptueux à Alexandrie. Numérobis, l'architecte auquel elle fait appel, trouve la tâche un peu lourde et vient chercher Panoramix à son secours. Celui-ci, accompagné d'Astérix et d'Obélix, vient à son aide en Égypte. Les Gaulois devront faire face à toutes les tentatives faites pour faire échouer le projet, aussi bien de la part d'Amobonfis, le concurrent éconduit de Numérobis, que de César, qui ne veut pas perdre la face et son pari.

Les Auteurs
:
Albert Uderzo naît le 25 avril 1927 à Fismes, dans la Marne est un dessinateur et scénariste de bande dessinée français. René Goscinny, né le 14 août 1926 à Paris et mort le 5 novembre 1977 d’un arrêt cardiaque, est un écrivain, humoriste et scénariste de bande dessinée français.
En 1959, Albert Uderzo créée avec René Goscinny, Jean-Michel Charlier, Jean Hébrard et François Clauteaux le journal Pilote, grand hebdomadaire à destination de la jeunesse. Le 29 octobre 1959, le numéro UN de Pilote présente en page 20 la première planche des Aventures d'Astérix le Gaulois à ses lecteurs captivés. Le journal connaît un succès immédiat : les 300 000 exemplaires imprimés sont vendus dès le premier jour !



Le Décalogue aux éditions Glénat

Série de bande dessinée créée par le scénariste Frank Giroud.
Cette série, aujourd'hui achevée, comporte dix tomes auxquels ont participé dix dessinateurs différents. La publication des albums s'est effectuée entre 2001 et 2003. Un onzième tome « hors-série » est également sorti en 2003.

Le Papyrus de Kom Ombo : épisode 9 dessinateur Michel Faure (2003).
Le Caire, août 1798. Eugène Nadal et le peintre et archéologue Fernand Desnouettes s'aventurent dans un temple inconnu de Kôm-Ombo, dans la vallée du Nil. Au fond du Labyrinthe de Thôt, ils découvrent toute une série d'objets bouleversant les connaissances sur Coran, dont un papyrus et une omoplate de chameau sur laquelle Mahomet aurait rédigé sa dernière sourate. Tous deux vont alors s'affronter : Faut-il divulguer des informations si importantes.. ?

La Dernière Sourate : épisode 10 dessinateur Franz (2003).
En 652, Tayeb, guerrier célèbre devenu sage, parcourt l’Égypte, récoltant des éléments en vue d’une version définitive et unificatrice du Coran. Sa mission le conduit dans le village de Wadi-Beyh d’où aurait été diffusée une sourate particulière prenant la forme de dix commandements écrits originellement par Mahomet sur une omoplate de chameau, commandements appelant à la tolérance et à l’ouverture. D’abord sceptique, Tayeb va petit à petit croire en l’existence de ce document, le rechercher et défendre ceux qui l’ont fait connaître, comme la jeune et belle Mahdjubah. Il ignore encore que son exhumation va déclencher un cataclysme.

Auteurs :
Frank Giroud, né le 3 mai 1956 à Toulouse, est un scénariste français de bande dessinée.
Michel Faure est un auteur français de bande dessinée né en 1947. Il est l'auteur de plusieurs albums relatifs à La Réunion, où il a contribué au Cri du Margouillat.
Franz Drappier dit Franz est né le 11 juin 1948 à Charleroi (Belgique) décédé le 8 janvier 2003 à Paris, est un auteur belge de bande dessinée. Il baigne dès son plus jeune âge dans la bande dessinée grâce à son grand-père. Franz a signé ici son dernier album. Le graphisme nerveux et élégant démontre une dextérité exemplaire du dessinateur pour la technique de l'encrage. On ne peut s'empêcher de contempler ses doux visages féminins, et la dynamique qu'il insufflait aux chevaux qui le passionnait, il excellait dans leur représentation.



La foire aux immortels

La Foire aux immortels est la première partie de l'ensemble de trois bandes dessinées (avec La Femme piège et Froid Équateur) réalisées par Enki Bilal entre 1980 et 1993, La Trilogie Nikopol.
Dans ce premier tome sont posées les bases de l'univers étrange créé par Enki Bilal pour cette série.

En 2023, Paris est divisé en deux arrondissements : au centre celui des nantis, des puissants, dirigeant politiquement et militairement, autour : celui des pauvres. Le fasciste Choublanc brigue un autre mandat. Au-dessus de la ville, une pyramide abrite les Dieux Egyptiens. Choublanc espère échanger le carburant nécessaire à la pyramide contre l'immortalité. " Niet " répondent les Dieux.
Pendant ce temps, Alcide Nikopol, en état d'hibernation dans le cosmos depuis 30 ans, s'écrase sur Paris, dans l'arrondissement des pauvres. Il perd sa jambe dans la chute (gelée) et rencontre Horus, dieu Egyptien dissident. Celui-ci répare sa jambe et prend possession de don corps, dans le but de prendre le pouvoir à Paris, et de se venger des autres Dieux.
Il réussit en " éliminant " mentalement Choublanc, et en tuant les prétendants à la succession, mais il se fait rapidement reprendre par les siens. Il est condamné à être coulé dans la pierre durant sept fractions d'éternité. Nikopol, lui, devenu fou après avoir échappé de peu à la mort, récite Baudelaire dans les couloirs d'un hôpital. Son fils (qui a le même âge que lui), met en place un régime égalitaire.

Auteur Enki Bilal
Dessinateur et scénariste, né Enes Bilal le 7 octobre 1951 à Belgrade Ex-Yougoslavie arrivé en France à l’âge de 10 ans, suit les cours des beaux-arts de Paris et entre à Pilote en 1972.
Enki Bilal, considéré à juste titre comme l’un des meilleurs auteurs réalistes contemporains, se détache très vite des influences de ses ainés (Moebius, Mézières etc..) et acquiert sa propre dextérité graphique complétée par un sens inné de la mise en couleurs. Son univers tout à la fois baroque et foisonnant exprime paradoxalement la décrépitude et la dégénérescence. Refusant toute étiquette, il se veut un artiste de multimédia et exerce tout à la fois son grand talent dans les domaines de la bande dessinée, de l’illustration et du cinéma.



Le talisman de Timour

Le Talisman de Timour de son titre original Le Talisman est la troisième histoire de la série Les Timour de Sirius. Elle est publiée pour la première fois du no 882 au no 901 du journal Spirou, l’aventure sortira sous forme d'album en 1956, réédition en 1981.
Timour est l'histoire d'une famille à travers le temps et les pays. C'est un prétexte à raconter l'histoire du monde où nous vivons. Chaque épisode conte la vie d'un Timour. Les histoires se passent dans la préhistoire, l'antiquité, dans des périodes plus récentes. Les lieux sont l'Egypte, la Grèce, Rome, la Gaulle...

Auteur Sirius
De son vrai nom Max Mayeu, est un dessinateur de bandes dessinées belge, né à Soignies le 26 septembre 1911 et décédé le 1er mai 1997 à Jávea (Costa Blanca, Espagne).
Ayant terminé ses études de droit, il publie ses premiers dessins dans des revues d’étudiant, puis dans La Libre Belgique1 et La Dernière Heure1.

Il crée en 1938, pour Le Patriote illustré2, Bouldaldar et Colégram, un petit garçon et une sorte de lutin, qu'il reprend dans plusieurs autres journaux : dans Bravo3, en 1943, sous le titre de Polochon ; puis dans La Libre Junior, Pistolin4, Spirou et Bonnes Soirées2. Il crée ensuite en 1942 le personnage de L'Épervier bleu dans les pages du journal de Spirou. En 1953, suite à des démêlés avec la censure, il doit interrompre cette série, qu’il ne reprendra que vingt ans plus tard, toujours dans Spirou. Il revient à la fantaisie en 1944, avec Caramel et Romulus, publié dans L’Espiègle au grand cœur, un supplément de Spirou. Puis il réalise, en 1946, une bande dessinée historique, Godefroid de Bouillon. En 1953, sur une idée de Xavier Snoeck, il commence la grande saga des Timour, qui raconte l'histoire d'une famille à travers les âges et les pays. La série s'échelonne sur trente-quatre volumes, et ne s’arrêtera que dans les années 1990. Dans Pilote, il crée en 1972, avec Gérald Forton, une série destinée à un public plus adulte : les aventures humoristiques, grinçantes et fantastiques de Pemberton, marin malchanceux. Puis Forton émigre aux États-Unis. De 1974 à 1980, Sirius continue seul la série. En 1977, à l’occasion de la création du Trombone illustré5, il parodie la série dans une aventure d'un certain Penthergast qui ressemble à s'y méprendre à Pemberton.

Homme réservé, dédaignant honneurs et notoriété, Sirius s’est tenu à l’écart de l’agitation orchestrée autour de la BD après le succès d’Astérix. Pour raisons de santé, il vit ses dernières années sur la Costa Blanca, dans le sud de l’Espagne, ce qui ne fait qu'accentuer la coupure avec son milieu professionnel et avec les médias.
1 quotidien belge 2 hebdomadaire belge 3 supplément de « Femmes d’aujourd’hui 4 supplément de la Dernière heure 5 supplément du journal de Spirou.


Ici fini le voyage au pays de la BD, pour résumer, la passion de l'Egypte antique acquiert dans la bande dessinée une dimension propre, caractérisée par des codes et un vocabulaire tout à fait spécifiques, favorisant l’invention narrative et graphique.

Bien d'autres dessinateurs ont traité le sujet, ceci n'est qu'un petit aperçu.


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Message Lundi 12 Aoû 2013 8h10 Répondre en citant

L'alimentation en Egypte Antique

«L’ensemble des sources à notre disposition nous fait pressentir la richesse et la variété de la cuisine égyptienne, sans cependant nous permettre d’appréhender cet art culinaire dans ses moindres détails.» Pierre Tallet

Grâce aux textes gravés sur les parois des temples et des tombeaux ou sous forme de restes d'offrande matérielle, les Égyptiens de l'Antiquité ont laissé de nombreux témoignages de leur mode d'alimentation. On n’y trouvera pas à proprement parler des recettes de cuisine mais des informations sur les pratiques alimentaires. Les peintures funéraires figurent ainsi les menus des morts chez qui était pratiquée l’ouverture de la bouche pour leur redonner l’usage de leurs sens et leur permettre de manger et de boire.

Ces informations sont cependant généralement parcellaires, le plus souvent réduites à ce qui constituait la base de l’alimentation nilotique : la bière et le pain. Certains monuments échappent néanmoins à cette règle minimaliste : des maquettes en bois ou en céramique (ouchebtis) représentent des offrandes plus élaborées. A ces informations s’ajoutent la conservation de restes archéologiques de ces offrandes, analysables et plutôt bien conservés grâce à l’aridité du climat, quelques listes d’ingrédients dont disposaient les égyptiens et quelques textes (dont le De re coquinaria d’Apicius ou l’Art culinaire d’Apicius, nom donné à une compilation de recettes culinaires romaines de la fin du IVe siècle.)

Chose rare, la tombe du vizir de Rekhmirê, (sous le règne d’Amenhotep II), développe les étapes de la fabrication d’un gâteau - shayt -, conique, fait à partir des rhizomes d’un roseau au goût de noisette, le souchet.

Les égyptiens prenaient au moins trois repas par jour, mangeaient sans couverts, avec les doigts. Pendant le Haut Empire ils s’accroupissaient sur des nattes ou des coussins devant une petite table basse, les verres étant posés par terre. Plus tard les nobles commencèrent à s’asseoir sur des chaises devant des tables hautes, servis par des domestiques.

A cette époque on considère que la santé et la longévité dépendent des plaisirs de la table. L’opinion commune estimait qu’un gros mangeur ne pouvait être qu’en bonne santé alors que l’inappétence passait au contraire pour un signe de maladie, voir un présage de mort. Assurer à chacun une quantité suffisante de nourriture représentait une garantie d’ordre social. Le pharaon Khéti suggérait "Un pauvre peut devenir un ennemi, un homme qui vit dans le besoin peut devenir un rebelle. On calme une foule qui se rebelle avec de la nourriture; quand la multitude est en colère, qu’on la dirige vers le grenier".

Les aliments de base des Égyptiens de l’antiquité étaient le pain et la bière fabriqués à partir de l'orge et de l'amidonnier. On a retrouvé près d'une vingtaine de sortes de pains de forme et de composition diverses. Le régime alimentaire égyptien était complété par du poisson, de la viande (ordinairement mouton, et porc, volaille et bœuf pour les grandes occasions), des fruits (dattes, figues, grenades, melons et raisins) et des légumes Enfin, le miel, produit dans des ruches de terre, entrait dans la composition des desserts et de nombreux remèdes.

La viande et le poisson étaient le plus souvent grillés ou conservés dans des saumures, séchés voire confits. Le poisson le plus prisé était le mulet, ou muge, poisson de mer remontant le Nil et dont les œufs servaient à faire la poutargue, recette encore pratiquée sur le pourtour méditerranéen

Le Pain
Une des nourritures les plus fondamentales de la civilisation égyptienne à cette époque sont bien évidemment les céréales, qui servent à fabriquer le pain et les galettes. Bien que l’on discute encore pour savoir quelle a été la première céréale cultivée en Egypte, un fait est certain: on a retrouvé de l’orge dans des sites préhistoriques du Delta datant d’environ -4000. On a également trouvé trace de blé et d’épeautre. Les plaines du Nil, périodiquement inondées, produisaient des céréales en quantité abondantes et suffisantes pour la consommation nationale et aussi pour l’exportation. Ces céréales étaient la base de l’alimentation et servaient à la fabrication du pain, levé avec du levain obtenu par fermentation, mais aussi de la bière.
On a répertorié 19 variétés de pains, de formes différentes. Ils sont fabriqués soit par les serviteurs, les boulangers ou la maitresse de maison. Ils sont aromatisés avec différentes épices ou farcis de bouillis de légumes. Le pain est aussi une offrande très courante pour les Dieux. La fabrication du pain incombe souvent aux femmes qui broient le grain, tamisent la farine et font la pâte avec la levure, du lait et des épices et du sel.

Les fruits et légumes :
Les fruits, plutôt rares, sont réservés aux élites, tout comme certaines viandes : l’Egypte ne connaît les agrumes qu’à l’époque romaine ; les principaux fruits consommés sont la datte (utilisée dans la confection d’une bière de luxe, le seremet), le raisin (répandue dans le delta, on cultivait un raisin très noir qui servait surtout à la vinification, qui était conservé dans des jarres ou est mentionné la provenance, la date, le nom du propriétaire sur les scellés. Les égyptiens y ajoutaient du miel ou des aromates.), les pastèques et melons, mais aussi la caroube, le sycomore (sorte de figue rouge) et le perséa aujourd’hui disparu. Avec le raisin on fait aussi le vin pour les gens aisés, après avoir pressé le raisin et laisser fermenté il

Les principaux légumes sont les fèves, les oignons les lentilles mais aussi les melons, les concombres, chou, laitue poireau, petit pois (introduits sous le Nouvel Empire) et radis.
Plus tard le grenadier et l’olivier, grâce aux importants échanges commerciaux avec l’Asie
D’autres ingrédients étaient connus comme l’ail, le céleri, la menthe, le cumin, la coriandre, cumin, genièvre, anis, fenouil et pavot. Le poivre en revanche n’a été importé d’Inde qu’à partir des deux premiers siècles après JC.

Laitages :
A partir du lait des animaux d’élevage et de boucherie (bovins, ovins, caprins), on préparait du beurre et des fromages.

Viande et volaille :
Les Egyptiens de l’antiquité avaient à leur disposition une grande variété de viandes. Certains animaux étaient élevés pour leur chair, d’autres étaient le produit de la chasse. Au sein du premier groupe on retrouve le porc et les chèvres, dont les ossements ont été retrouvés en grande quantité sur de nombreux sites archéologique.
La viande de bœuf très prisée et des bœufs entiers servaient également aux offrandes journalières destinées aux différents cultes du pays. Des troupeaux de milliers de tête étaient entretenus pour Pharaon, la famille royale et les institutions religieuses.

Les volatiles (cailles, pigeons, oies, canards, perdrix, les hérons et toutes sortes d’oiseaux aquatiques.) représentaient une grande partie de l’alimentation carnée. Le poulet ne sera introduit qu’à la fin de l’époque romaine. Les oies, dont on connaissait une dizaine d’espèces en Egypte pharaonique, étaient élevées en troupeaux par un personnel spécialisé, et semble avoir été très populaire autant pour la consommation de leur chair que pour leur faculté à assimiler de la graisse. Ce produit était en effet couramment utilisé aussi bien dans la cuisine que pour la fabrication de potions médicales. Peut-être est-ce la raison pour laquelle on connaît tant de scènes de gavage de ces volatiles (il n’est pas certain que les Egyptiens aient connu la recette du foie gras ..)
La chasse aux petits oiseaux au moyen d’un filet hexagonal est une des scènes favorites de l’iconographie égyptienne.

Le mode de préparation le plus souvent représenté est la grillade, ce type de cuisson s’explique sans doute par des raisons religieuses, la viande grillée est la plus odorante, donc la plus « présentable » lors d’offrandes que l’on peut consacrer à une divinité ou à un particulier. A Deir al – Medina on a retrouvé des restes de pigeons tels qu’ils avaient été cuisinés autour de 1400 av. J.-C., ouverts par le milieu puis manifestement aplatis pour mieux être grillés. Le mode de cuisson des quartiers de viande est plus souvent la broche, par exemple dans la tombe de Qar et Idout, à Giza , un homme assis manipule d’une main un éventail et de l’autre maintient la broche au-dessus du foyer. La viande était vraisemblablement cuisinée également d’une façon un peu plus complexe, un autre groupe de scènes montre une assez jolie collection de marmites.

La conservation :
Les moyens de conserver de la viande ne manquent pas et ont été expérimentés par toutes les civilisations du monde, on peut la sécher, la saler, la presser, la fumer. Une autre solution est de conserver la viande dans un milieu anaérobie (saumure, graisse, miel).
La nécessité de conserver les aliments un certain temps (expédition etc..) a été prouvée par les sources archéologiques, de nombreuses amphores de stockage retrouvées sur différents sites occupés au Nouvel Empire contenaient des produits de boucherie, que l’on identifie grâce à une inscription en hiératique.

Poissons :
Le poisson était un complément naturel de la viande, et devait entrer fréquemment dans l’alimentation égyptienne. De très nombreuses scènes figurées, dans les mastabas et les tombeaux privés font allusion à la pêche, qui pouvait être conçue comme une activité délassante par les grands personnages du pays. Un texte du Moyen Empire, malheureusement très fragmentaire, faisait longuement l’apologie de la pêche et de la chasse, en donnant entre autres des indications sur les méthodes employées pour capturer les animaux. Loin d’être réservée aux classes inférieures, cette nourriture était aussi destinée à la cour; en revanche le poisson ne figure jamais parmi les offrandes funèbres, peut-être à cause d’un "tabou olfactif".

Après avoir été pêché, le poisson pouvait connaître différents types de traitements : être immédiatement préparé pour la consommation ou bien encore être séché pour une conservation prolongée. La seconde méthode devait être couramment employée. On sait en effet que les poissons séchés étaient livrés avec une grande régularité aux ouvriers de Deir al-Medina qui s’occupait de la décoration des tombes royales à Thèbes ; cette denrée vient, selon
les comptes qui ont été retrouvés dans le village, juste après le pain et les céréales. Nul doute qu’ils constituaient le principal apport en protéines de l’alimentation du peuple. Les étapes de la préparation du poisson sont montrées de façon relativement précise dans les tombeaux privés. Il est tout d’abord écaillé et vidé, cette opération se déroule le plus souvent à proximité immédiate du lieu de capture (tombe thébaine d’Ipouy (TT217), et également relief de la tombe de Raemka conservé au Metropolitan Museum of Arts à New-York). Pour le séchage les poissons étaient ouverts en deux, et mis à sécher suspendus à une perche, avant d’être entassés (tombe d’Amenemhat Thèbes). Mais on peut se demander s’il n’existait pas une variante à cette méthode, en effet, plusieurs amphores du Nouvel Empire portaient un scellement montrant qu’elles avaient contenu du poisson, et, dans plusieurs scènes le poisson semble être, de la même façon que les oiseaux, placé dans des grandes jarres après traitement.

Recette (peintures de la tombe thébaine du vizir Rekhmiré XVIIIème dynastie)

Gâteau-shayt aux souchets

Ingrédients :
• 150 gr de souchet
• 1 grand verre d’eau
• 50 gr de dattes broyées
• 50 gr de miel
• Huile d’olive

Passer les rhizomes de souchets à la moulinette pour les réduire en une poudre très fine. Ajoutez un verre d’eau à cette poudre pour en faire une pâte, pétrir le tout en forme de boule.

Ecraser les dattes dans le miel, passer le tout à la moulinette pour en faire une sorte de confiture.
Incorporer le mélange de dattes et de miel dans la pâte de souchets.

A partir de la pâte ainsi obtenue, modeler des boulettes de 50 gr environ en forme de triangle. Veiller à ce que l’épaisseur de chaque gâteau ne soit pas supérieure à 1 cm.

Faire frire les gâteaux à la poêle dans l’huile d’olive, en les retournant régulièrement, jusqu’à ce que l’extérieur soit bruni par la cuisson.

Servir froid.

Les rhizomes de souchet, une variété de papyrus dont le nom scientifique est Cyperus esculentus, se trouvent encore très facilement en Egypte moderne, où ils sont consommés tels quels. On peut facilement se les procurer en Espagne (chufas), où ils servent essentiellement à la préparation d’une boisson, dans tous les magasins vendant des fruits secs. Il sera plus pratique de se procurer les dattes broyées sous forme de pain.


Sources : La cuisine des pharaons Pierre Tallet


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Message Mercredi 18 Sep 2013 9h04 Répondre en citant






Tombe de Renni Supérieur des prêtres de Nekhbet, époque d'Amenhotep I,
El-Kab début de la XVIIIème dynastie.



Le porc :
Il est peu représenté dans les tombes sauf à Beni Hassan, El-Kab et à Thèbes mais est totalement absent des repas funéraires.

Le cochon qui creva l'œil d'Horus
Le porc est assimilé à Seth qui pour avaler l'œil gauche d'Horus fils d'Osiris, se serait transformé en porc noir. Hérodote raconte que les porchers sont les seuls à ne pas pouvoir entrer dans l’enceinte d’un temple. Lors des fêtes memphites de Ptah-Sokar-Osiris, le 24 du 4ème mois d'akhet. On sacrifie un porc et une chèvre autre animal assimilée à Seth.

Toutefois le porc n’est pas toujours maléfique, Isis étant parfois associée à une truie blanche. Truie qui a son rôle dans la marche des étoiles. Les Égyptiens pensent en effet que chaque jour les astres sont avalés avant d'être remis au monde. C'est entre autres une déesse truie qui incarne ce cycle.

De nombreux animaux ne figurent pas dans cette liste. Tous les animaux n'étaient pas sacrés en Egypte antique. Certains n'existaient pas en Égypte et d'autres ayant été introduits dans le pays tardivement , c'est le cas du cheval par exemple.

Pour finir notons que les égyptiens aimaient les dessins satiriques d'animaux.


Ostracon Bruxelles, Musées Royaux (E 6727).


Cet ostracon livre une scène humoristique entre un seigneur-souris et un serviteur-chat. Le dignitaire assis porte un long pagne tissé de style ramesside et il respire le parfum d’une fleur de lotus. Le chat rafraîchis son maître avec un éventail à plume. Entre les deux, un guéridon porte une oie troussée et rôtie. Cet exemple relève d’un type satirique fréquent dans le village des artisans à la XIXe et à la XXe dynastie. Il s’agit peut-être de l’illustration d’une fable transmise oralement.

Sources : Aude Gros de Beler, La mythologie égyptienne, Éd. Molière, Paris 2004, osirisnet, Mediapart


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Message Mardi 8 Oct 2013 9h26 Répondre en citant

Le dessin dans l’Egypte ancienne

De toutes les civilisations antiques, jamais aucune n’a autant dessiné et écrit que l’Egypte, partout et sur tous les supports disponibles, Les souples, avec le papyrus, le tissu de lin, la peau tannée (le cuir). Les rigides : le bois, la terre cuite, la faïence, la mouna (enduit de pisé appliqué sur les parois). La pierre : éclats brisés des ostraca, pierre calcaire tendre, granit dur, calcite semi-précieux, et toute matière utilisable pour la ronde bosse...

Qurta



A environ 40 km au sud d'Edfou une équipe de chercheurs des Musées Royaux d’Art et d’Histoire du Cinquantenaire (Belgique) à découvert, en Haute Egypte, entre Louqsor et Assouan, des gravures rupestres ou pétroglyphes, tracés à l’air libre, sur les falaises abruptes. Remontant au Paléolithique tardif, ces vestiges accusent, à tout le moins, 11 000 ans d’âge. Figures réalistes d’animaux de l’auroch à l’hippopotame et aux oiseaux aquatiques, aux poissons, de quelques figures féminines aussi, le site de Qurta s’est avéré riche et sans doute contemporain des grottes européennes d’Altamira et Lascaux. Cette découverte témoigne de la présence du dessin en Egypte depuis les temps les plus reculés, alors qu’il n’y avait ni pharaons, ni hiéroglyphes, le plus ancien art rupestre d'Égypte et même de toute l'Afrique du Nord. La datation par luminescence confirma que le sable qui recouvrait certaines des gravures s'y était déposé il y a 15.000 à 10.000 ans. Leur style correspond par ailleurs à celui de l'art des cavernes européen. Est-on ici face à un échange intercontinental d'influences artistiques en pleine Préhistoire ? Ce n'est pas impossible, étant donné la faible profondeur de la Méditerranée pendant la dernière période glaciaire.

Interprétation et compréhension de l’art rupestre

Comment comprendre l’art rupestre égyptien ? Actuellement, il n’existe aucune réponse. En 2002, Dirk Huyge, dans son article « Cosmologie, idéologie et pratiques religieuses individuelles dans l’art rupestre de l’Égypte ancienne », émet plusieurs hypothèses :
- Une symbolique magique, en particulier pour les représentations animales. Cette hypothèse est cependant aujourd’hui abandonnée ;
- Une interprétation totémique : difficilement tenable à cause de la diversité de l’iconographie animale et surtout, l’iconographie de ces époques montre des espèces dont, à l’époque prédynastique, il n’y a pas de statues divines ;
- Une représentation religieuse : possible mais souvent combattu. Les traces religieuses à ces hautes époques sont ténues, voire inconnues ;
- La naissance de l’idéologie : si elle se discerne aux époques prédynastiques, pour la préhistoire comme à Qurta ou El-hosh, cela est discutable.

Tout cela montre l’extrême difficulté de comprendre les motivations profondes de ce peuple que l’on ne peut qualifier d’égyptien. Il faudrait peut-être utiliser un terme plus neutre : peuple(s) nilotique(s). Les informations lacunaires, voire inexistantes, sur ces populations préhistoriques nous privent de nombreuses données sociales et historiques.

L’art du contour

La sculpture et la peinture ne furent jamais en Egypte que de véritables branches de l’écriture. Les égyptiens ne possèdent qu’un seul terme le verbe « sesh », pour désigner « écrire », « dessiner » et « peindre » Le scribe est tout à la fois celui qui écrit et celui qui dessine. La recherche de la beauté et de la perfection est omniprésente dans l'art égyptien.

Dans l’Égypte ancienne, les peintres et les dessinateurs étaient appelés les « scribes des contours ». L’art du dessin en Égypte s’est toujours défini, en premier lieu, par les lignes extérieures, entre lesquelles les couleurs pouvaient trouver leur place dans toutes leurs nuances.

La spécificité de l’écriture et du dessin égyptien, celle d’être un moyen d’expression d’un système religieux et politique, et que derrière la volonté des scribes se cache aussi cette volonté de représenter le réel, d’immortaliser la vie à travers les temps. Les scribes apparaissent alors comme des observateurs aguerris de la nature et de ses diverses manifestations tout en se démarquant d’une notion très moderne de l’art pour l’art.

Deir-el-Medineh



Le site de Deir el-Médineh ou Set Maât her imenty Ouaset (nom antique), signifie « La place de Maât (ou Place de vérité) à l'occident de Thèbes », niché dans un vallon de la montagne thébaine, abrita, à l'époque ramesside, la communauté d'artistes employés à l'exécution et à la décoration des tombes royales de la vallée des Rois. L'archéologue français Bernard Bruyère a fouillé pendant une trentaine d'années la nécropole de ce site, caveaux peints et chapelles surmontées de petites pyramides, et les maisons du village qui abritaient les familles des contremaîtres, des carriers, des sculpteurs, des dessinateurs et des peintres. Répartis en deux équipes, ces ouvriers travaillaient pendant une période de dix jours consécutifs dans les tombes royales avant de regagner leur village pour se livrer à d'autres occupations.

Les artisans étaient des artistes obsédés par le souci de répondre à l’attente du pharaon. Les ateliers de Deir-el-Medineh et de Saqqara auront livré à la postérité des documents et des objets de toute beauté. Parmi eux, de nombreux "ostraca", morceaux de gravats dessinés et peints, illustrant l’environnement de populations éprises de figures divines, légendaires ou quotidiennes. Certains d’entre eux ont construit et décoré leur propre tombeau. L’un de ces mastaba témoigne d’une manière éclatante du parcours de l’un de ces scribes du contour, Khâ, devenu architecte. Les ostraca que l’on a retrouvé sur ce site constituent une documentation inédite et complexe.

Ces tessons remplis de dessins et d’écritures interpellent les égyptologues sur la personnalité de ces dessinateurs et leur environnement. Ces objets, comme le souligne Guillemette Andreu-Lanoë, « montrent pour une fois l’expression d’une aspiration individuelle, d’un choix d’un dessinateur, de tracer des contours qui vont lui permettre de donner vie à son imaginaire ». Ces ostraca sont des dessins satiriques, loin des conventions habituelles et du code moral en vigueur. S’agit-il d’une culture orale qui nous échappe ou d’une création spontanée ? Nul ne le sait. Mais qui en de nombreux points font écho au papyrus érotique de Turin découvert par Champollion et qui constitue encore de nos jours un des grands mystères de l’égyptologie.

Les ostraca figurés

Les sujets traités sur les ostraca sont fort diversifiés : animaux, scènes de naissance, d'allaitement, de toilette, représentation de musiciennes, scènes satiriques ou encore représentations royales. Une grande quantité d'ostraca figurés connus à ce jour provient des décombres du village de Deir el-Médineh, où une énorme fosse dépotoir de quarante mètres de profondeur en a livré des milliers. Toujours anonymes, ces petits documents sont une source de renseignements inestimables sur la vie quotidienne à la fin du Nouvel Empire.


Danseuse-acrobate de Turin
La danseuse contorsionniste est ici croquée allégrement dans une figure spectaculaire proche des arts du cirque moderne, Certains pensent que la danseuse exécutait un véritable saut périlleux arrière ce qui expliquerait la position anormale de la boucle d'oreille car avec la rapidité d'exécution, elle n'aurait pas le temps de retomber.... Cet incroyable dessin de pur agrément figure sur un ostracon de l’époque ramesside XIXe Dynastie. Retrouvé à Deir el-Médina, le village des artisans (Turin, Musée Egizio, Collection Drovetti cat 7052).


Ostracon figuré avec hippopotame
Venu du Metropolitan Museum (inv 23.3.6), cet ostracon présente le dessin soigné d’un hippopotame. La sureté du trait, l’application et la variation des couleurs émanent d’un artiste confirmé, attentif aux détails. Découvert à Deir el-Bahari dans le temple d’Hatchepsout et dans un contexte de la XVIIIe dynastie, il s’agit peut-être d’un objet à fonction apotropaïque. Car plus que la bienveillante déesse Touéris, il faut sans doute voir ici l’évocation des forces néfastes et dangereuses qu’il est nécessaire de conjurer.


Ostracon avec le portrait de Ramsès VI
Ce grand ostracon du Louvre provenant de la collection Drovetti (N 498) a été étudié par Jean-François Champollion, alors premier conservateur des antiques. Détail émouvant : l’étiquette manuscrite "D 10" que le déchiffreur a collée figure encore sur le socle de marbre.
Cet ostracon est décoré au recto d'un profil royal, orienté vers la droite ; il a été dessiné au trait à l'encre rouge et ocre jaune puis a été repris en noir. Le roi porte la couronne bleue khepresh ornée du cobra protecteur et de deux rubans tombant sur la nuque. Le lobe de l'oreille garde l'empreinte de boucles dont l'usage est courant dès la fin de la 18e dynastie. Le volume des joues est indiqué par un rond de lavis rouge. Le menton empâté, le grand nez aquilin, la petite bouche et les plis du menton permettent de reconnaître Ramsès VI, cinquième pharaon de la 20e dynastie. Plusieurs ostraca portant ce même visage ont été découverts dans sa tombe, dans la Vallée des Rois. Au verso, l'esquisse d'une grande coiffure royale fragmentaire voisine avec celle d'un magnifique cobra dressé, image de la déesse Ouadjet, peinte en jaune, couleur pouvant évoquer l'or. Ces esquisses au trait parfait montrent une main experte, sans doute celle d'un ouvrier qui a dû travailler à la fin de l'époque ramesside à la décoration des tombes royales.

Les fresques :



Au service des croyances religieuses et des rites, l'art ne pouvait que procéder du traditionalisme le plus strict ; il a peu évolué en trois millénaires, durant une courte période seulement, sous Akhenaton, la crise religieuse amarnienne s'est traduite par une sorte de libération des anciens canons.

La peinture obéit aux mêmes principes que la sculpture, mais avec plus de liberté, de pittoresque ; elle a su très souvent s'affranchir des règles de l'art officiel.

L'artiste lui-même était un artisan, au service de cette énorme machinerie d'ordre religieux et funéraire. Il ne signait pas ses œuvres ; les quelques artistes qui sont connus le sont par des mentions de leur tombe ou de leur matériel funéraire.

L'art de l'Égypte antique est caractérisé par des lignes claires, associées à des formes simples et des aplats de couleur. Les artistes utilisaient un quadrillage avec des lignes verticales, horizontales et perpendiculaires, pour former et donner les proportions à leurs esquisses. La peinture est appliquée sur une couche de stuc. Il fallut attendre le milieu de cette civilisation pour voir apparaître des dessins avec des perspectives.

La symbolique est très importante dans l'art Égyptien. Ainsi, les animaux sont des représentations mythiques des divinités. La couleur avait également une grande importance en fonction du sens recherché : Le bleu et le vert représentaient le Nil et la vie, le jaune suggérait le Soleil, le rouge évoquait la force, le pouvoir et la vitalité. L'art sera très influencé, au cours des différentes grandes périodes historiques du pays, par l'importance sociale et religieuse, l'État et la politique. La hauteur des personnages dépendait par exemple de leur rôle dans la société, les plus importants étant bien sur les plus grands. Le Roi ou le Pharaon est ainsi toujours représenté comme le plus grand des hommes. Il en était évidemment de même pour les Dieux qui étaient plus ou moins imposants selon qu'ils étaient plus ou moins puissants. À part quelques exceptions, ils étaient représentés supérieurs aux Rois ou Pharaons

Thèmes souvent abordés, la chasse et de la pêche, les scènes de banquet, rehaussée de détails comme celui des musiciennes et du harpiste aveugle dans la tombe de Nakht, des scènes relatives aux travaux agricoles.

La peinture, quelque peu guindée dans les sépultures les plus anciennes, se libère progressivement pour faire preuve d'inspiration et de hardiesse au Nouvel Empire.


Fragment de paroi d’une tombe royale
Venu du Musée Calvet d’Avignon, ce fragment de calcaire comporte quatre colonnes d’inscription (inv A 8). Les signes hiéroglyphiques sculptés en relief levé conservent leur belle polychromie. On voit bien ici que l’écriture est aussi image. Les hiéroglyphes sont régulièrement dessinés en colonnes (ou ailleurs en lignes horizontales), harmonieusement regroupés en modules qui s’inscrivent dans des carrés virtuels, les cadrats. La plupart de ces signes sont représentés de profil, mais immédiatement reconnaissables par leur style linéaire et géométrique. Les couleurs ne visent pas au réalisme, mais elles s’accordent à un code symbolique, selon une charte graphique. Ce fragment a été identifié récemment comme provenant d’une tombe royale thébaine de la XIXe dynastie, encore non précisée.


Peinture murale : Jeune femme élégante
Une élégante convive participe au banquet funéraire célébrant le défunt. Cet archétype respecte l’aspectivité et le symbolisme chromatique. Visage de profil, mais œil de face. Epaules de face, mais sein de profil. Carnation féminine ocre jaune. Robe de lin blanc. Abondante perruque coiffée du cône d’onguent. Bouquet de fleur de lotus... Ce fragment de la tombe de Nebamon, à la fin de la XVIIIe dynastie, provient du Kestner Museum de Hanovre (inv 1962-69).


Coupe aux trois poissons
Cette petite coupe en « bleu égyptien » venue de Berlin (AM 4562) présente un motif étonnamment moderne. Trois poissons du Nil, des tilapias, partagent la même tête au centre d’une composition rayonnante qui figure un bassin orné de fleurs de nénufar. Bien sur cette évocation nilotique symbolise la renaissance du défunt. Mais au-delà de l’évocation cosmologique, cette faïence siliceuse de la XVIIIe dynastie contourne avec une heureuse fantaisie les conventions formelles du dessin égyptien.

Poterie
Les terres cuites égyptiennes proviennent des fouilles opérées dans les nécropoles, et on les trouve constamment avec les plus précieux travaux de verrerie, d'émail et de bijouterie; il faut, dès lors, reconnaître qu'elles occupaient un rang important dans l'estime des hautes classes de la société. Du moins, la poterie fine, composée de 92% de silice, et dont la pâte est pure, serrée, dense et apte à conserver les plus fins reliefs, les empreintes les plus délicates. Elle est le plus souvent recouverte d'une glaçure mince, colorée par des oxydes de cuivre bleu céleste ou vert tendre; quelquefois la pâte est teinte elle-même, mais le plus souvent elle est blanche. Cette poterie tient le milieu entre la porcelaine et les grès cérames, et résiste, sans se fondre, à la température du four à porcelaine dure, la plus élevée de toutes.

Il est possible de distinguer trois âge dans les objets en terre siliceuse : la haute antiquité (Ancien Empire, Moyen Empire) fournit en général les produits à peine lustrés, ressemblant à un biscuit de porcelaine, et ceux couverts d'un enduit excessivement mince; l'antiquité moyenne (Nouvel Empire, Basse Époque) se manifeste par des objets moins purs de travail et couverts d'une glaçure épaisse qu'on pourrait prendre pour un émail; l'ère des Ptolémée (L'Égypte ptolémaïque) se reconnaît à une influence grecque très marquée; la poterie siliceuse fait place à une terre à pâte grossière et tendre, tantôt peinte sur la surface nue, tantôt couverte d'une glaçure. Cette fabrication s'est continuée dans les IIe et IIIe siècles AP. J.-C., sous la domination romaine.

Sources : Musée du Louvre, Musée du Cinquantenaire Bruxelles, Mediapart, Bernard George (Le Scribe qui dessine, l’art du contour), Larousse.


Qurfa historienne de Memphis
Dinogirl aléatoirement Nomarque et Vice Nomarque de Memphis.
« Ne dissocie pas ton coeur de ta langue et toutes tes entreprises réussiront... » (Aménémopé)
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